‹ Oevres choisiesChapitre 281 sur 288 · LA MARSEILLAISE DE LA PAIX · texte numérisé non relu

LA MARSEILLAISE DE LA PAIX

Il y eut en i84o une grave crise politique, qui -faillit déchaîn>er contre la France une coalition de l'Europe entière. La diplomatie française ayant essayé de résoudre à elle seule et à son profit la question d'Orient, où l'inlérêt de toutes les grandes nations européennes,^ Angleterre, Russie, Prusse, Autriche, était engagé, ces quatre puissances conclurent entre elles le traité de Londres (i5 juillet) et adressèrent à notre protégé, Méhémel-Ali, un ultimatum impérieux. En France, la colère publique fut grande et gagna les plus modérés ; ce fut une explosion générale de chauvinisme et d'ardeur belliqueuse : on ne parlait de rien de moins que d'une revanche de l'invasion de i8i5 ; on parlait surtout de reprendre la frontière du Rhin, que le congrès de Vienne nous availl enlevée. L'opinion allemande ne se surexcita pas moins. Des deux côtés du fleuve on se prépara à la guerre ; on échangea défis sur insultes. La chanson du Rhin allemand, dont nous donnons la traduction en note, fut alors très popfcilaire en Allemagne. Elle était rœu\Te de Nicolas Bccker, poète médiocre, dont elle fait presque toute la célébrité : le patriotisme l'avait cette fois inspiré, et l'enthousiasme national le porta aux nues. Deux poètes français lui répondirent : Lamartine, par la Marseillaise de la paix, datée du 28 mai i8^i ; Musset, dans une chanson pleine de verve et de railleuse insolence, datée du i"^"" juin 18/41. Toute celte efforves"cence se calma plus rapidement qu'on n'eût cru. La crise se dénoua par la soumission de Sléhémct-Ali et par une transaction générale (Convention des Détroits, i84i).

io5. De nobles pleurs. Des pleurs de regret et de repentir. — En iSi8, Barthélémy, dans une affiche en vers, proposa la candidature de Lamartine à 1;: présidence de la République.

->■' ÉPiTnE> El roÉ>ii:.< L)1vk:;<es

RÉPO!iSE A M. BeCKER, AUTEUR DU RhIX ALLEMAND.

Dédiée a M. Dargaud, autelr de GEOnGEs(a).

Roule libre et superbe entre tes larges rives, Rliin, Nil de l'Occident, coupe des nations ! Et des peuples assis qui boivent tes eaux vives Emporte les défis et les ambitions !

Il ne tachera plus le cristal de ton onde,

Le sang rouge du Franc, le sang bleu du Germain ;

Ils ne crouleront plus sous le caisson qui gronde,

Ces ponts qu'un peuple à l'autre étend comme une main !

Les bombes et l'obus, arc-en-ciel des batailles,

Ne viendront plus s'éteindre en sifflant sur tes bords ;

(a) Dargaud était un des meilleurs amis de Lamartine. Il traduisit les Psaumes de Job et composa difTérents ouvrages, entre autres : Georges ou Une Ame dans le siècle (i84o), une Hïsloiie de Marie Siuart (1800), une Histoire de la Liberté religieuse en France et de ses fondateurs (iSôg).

Page 1