V. ci-dessous, p. iSg, note du vers ïiy
LU LAMAUTl.NE ; ŒUVRES CHOISIES
flexions politiques (issues du spectacle des événements de 1830):
Je creuse nuit et jour dans mes réflexions Cet abîme sanglant des révolutions, Du grand corps social remède ou maladie Qui brise ou rajeunit la machine engourdie
Voici l'amour de la nature, et de la nature silencieuse et solitaire, qui d'abord suffit à jeter ce jeune cœur ivre de luimême dans d'inefTables extases :
... Alors je sens en moi des voluptés si vives,
Un si complet oubli des heures fugitives.
Que mon àme, -à mes sens échappant quelquefois.
De son corps détaché ne sent pas plus le poids
Que le cygne, essayant son aile déjà forte,
Ne sent le poids léger de l'aile qui le porte.
J'aime dans ce silence à me laisser bercer,
A ne me sentir plus ni vivre ni penser,
A croire que l'esprit, qu'en vain le corps rappelle,
A quitté sans retour l'enveloppe mortelle,
Et nage pour jamais dans les rayons du ciel
Puis naît en lui un besoin encore obscur de société et de sympathie (la scène caractéristique est celle où Jocelyn, sans être vu, observe de loin un couple de jeunes bergers); puis vient l'amitié, puis l'amour. Comme Elvire sur le chemin de Lamartine, Laurence se trouve sur le chemin de Jocelyn ; il l'aime parce qu'il a besoin d'aimer :
Mon cœur est trop rempli pour ne pas déborder. Et, si mon sort voulait seulement m'accorder Un second cœur, un cœur vide et muet encore. Où la vie et l'amour ne fissent que d'éclore. Cette ardeur, que le mien ne peut plus renfermer. Suffirait pour l'étreindre et pour le consumer ; Je verserais en lui le trop-plein de mon àme ;
Sa Uamme servirait d'aliment à ma flamme
Il semble qu'à mon être il manque une moitié, Objet de chaste amour ou de sainte amitié ; Que je marche à tâtons, que je sois daas ce mondo Une voix qui n'a pas d'écho qui lui réponde, Un œil qui dans un oeil ne se réfléchit pas. Un corps qui ne répand point d'ombre sur ses pas. Et que, malgré ce ciel, ce beau lieu qui m'enivre. Vivre seul c'est languir, c'est attendre de vivre 1
Après la catastrophe, après le sacrifice, les mêmes thèmes reparaissent, avec un accent nouveau : la foi, mais plus morale et philosophique que mystique; la nature, mais resserrée,