De loin. Cest-à-dirc: d'avance, en imagination
2© ml:ditations poétiques
Les soupirs étoufTés d'une amante ou d'un frère Suspendus sur les bords de son lit funéraire, lo
Ou l'airain gémissant, dont les sons éperdus Annoncent aux mortels qu'un malheureux n'est plus !
Je te salue, ô Mort ! Libérateur céleste. Tu ne m'apparais point sous cet aspect funeste Que t'a prêté longtemps l'épouvante ou l'erreur ; i5
Ton bras n'est point armé d'un glaive destructeur, Ton Iront n'est point cruel, ton œil n'est point perfide ; Au secours des douleurs un Dieu clément te guide ; Tu n'anéantis pas, lu délivres : ta main.
Céleste messager, porte un flambeau divin. a»
Quand mon œil fatigué se ferme à la lumière. Tu viens d'un jour plus pur inonder ma paupière ; I Et l'Espoir, près de toi, rêvant sur un tombeau, ' Appuyé sur la Foi, m'ouvre un monde plus beau.
Viens donc, viens détacher mes chaînes corporelles ! aB
Viens, ouvre ma prison ; viens, prête-moi tes ailes ! Que tardes-tu? Parais ; que je m'élance enfin Vers cet Être inconnu, mon principe et ma fin !
— Qui m'en a détaché? Qui suis-je, et que dois-je être?
Je meurs, et ne sais pas ce que c'est que de naître. oo
Toi qu'en vain j'interroge, esprit, hôte inconnu,
x\vant de m'animer, quel ciel habitais-tu ?
Quel pouvoir t'a jeté sur ce globe fragile?
Quelle main t'enferma dans ta prison d'argile ?
Par quels nœuds étonnants, par quels secrets rapports, Zb
Le corps tient-il à toi coinme tu tiens au corps?
l3. Libérateur céleste. C'est l'idée qui inspire toiile la Mort de Socrate (y. plus bas, XII). — En personnifiant la mort, Lamartine en fait un être masculin. Cf. XVIII, 76 : vengeur appliqué à la Liberté.
18. Guide. Lamartine emploie très librement ce verbe, avec différentes nuances de sens : cf. VIII, 77 ; XX, 5i ; XXVIl, io3.
20. Même mouvement que dans La Fontaine, la Mort et le Malheureux : u. Viens vite, viens finir ma fortune cruelle. » Cet-il utile de remarquer combien le sentiment diflère?