‹ Oevres choisiesChapitre 75 sur 288 · Errante, parce qu'elle ne trouve d'asile nulle part · texte numérisé non relu

Errante, parce qu'elle ne trouve d'asile nulle part

Aux dieux vivants du monde offerte en sacrifice ; loo

Et ia force, partout, fondant de l'injustice

Le rèirne illimité !

La valeur sans les dieux décidant les batailles ! Un Caton libre encor déchirant ses entrailles

Sur la foi de Platon; io5

Un Brutus qui, mourant pour la vertu qu'il aime, Doute au dernier moment de cette vertu même,

Et dit : « Tu n'es qu'un nom !... »

La fortune toujours du parti des e;rands crimes ;

Les forfaits couronnés devenus légitimes ; uo

La gloire au prix du sang ; Les enfants héritant l'iniquité des pères ; Et le siècle qvii meurt racontant ses misères

Au siècle renaissant !

lié quoi ! tant de tourments, de forfaits, de'supplices, ii5 N'ont-ils pas fait fumer d'assez de sacrilices

Tes lugubres autels?

Ce soleil, vieux témoin des lualheurs de la terre, Ne fera-t-il pas naître un seul jour qui n'éclaire

L'ansoisse des mortels? 120

100. Dieux vivanls. Les tyians se sont souvent fait adorer de leur vivant : els César et les empereurs romains.

io3. Sans tes dieux : sans avoir les dieux pour elle. Cf. Horace, Od., III, IV, 20 : non sine dis animosus.

io4. Caton se suicida h Utique pour ne pas tomber entre les mains de César (46 av. J.-C). Avant de se percer de son épée, il avait relu à plusieurs reprises le Pliédon, dialogue de Platon sur 1 immortalité de lame.

loO. Brutus se donna la mort sur le rWamp de bataille de Pliilippcs (42 av. J.-C), en prononçant, dit-on, cette dernière parole découragée ; « Vertu, tu n'es qu'un mot ! »

112. Héritant l'iniquité : châtiés pour l'iniquité de leurs pères. Cf. Ode (^Méditations, X) :

Peuple ! des crimes de tes pères Le ciel punissant tes enfants De châtiments héréditaires * Accablera leurs dcbcenilants...

et Horace, Od., III, vi, i :

Delicta maiorum immeritus lues.

3i MÉDITATIONS POÉTIQUES

Héritiers des douleurs, victimes de la vie, Non, non, n'espérez pas que sa rage assouvie

Endorme le Malheur, Jusqu'à ce que la Mort, ouvrant son aile Immense, Engloutisse à jamais dans l'éternel silence laS

L'éternelle douleur 1

YII LE LAC

a Le Lac » est le lac du Bourget, en Savoie. Celle méditalion fut composée à Aix, en seplembre 1817. Lamartine y attendait Elvire ; elle ne vint pas l'y rejoindre (v. Introduction, p. xix). Elle mourut, trois mois plus tard, sans qu'ils se fussent revus.

Le titre primitif était : Ode au lac du B...

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, Dans la nuit éternelle emportés sans retour. Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour?

0 lac! l'année à peine a fini sa carrière. Et près des flots chéris qu'elle devait revoir, Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ; Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ; Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes Sur ses pieds adorés.

3. L'océan des âges. Métaphore familière à Lamartine; cf. XXX, 282. Particulièrement heureuse ici, elle se poursuit pour ainsi dire d'un bout à l'autre de la pièce : rapprocher surtout les vers 35-36.

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