‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 105 sur 351 · ACTE III, SCENE V. i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V. i

CA.RLOS.

Ah! mon cœur ne fut pas compris dans le traité. Vos ministres, vendant les peuples à des princes, Ont pu céder, reprendre, échanger des provinces; Mais l'amour, à son gré, déterminant son choix, Ne suit pas le caprice ou l'intérêt des rois.

Perfide, oubliez-vous que je suis votre maître?

CARLOS

Et le père à mes yeux quand voudra-t-il paraître?

Le père! auprès de vous, je l'ai cherché souvent.

Carlos n'a point de père , et Philippe est vivant !

A mes premiers regards ma mère fut ravie;

C'est dans son lit de mort que j'ai reçu la vie;

Vous le savez, mon père: à son dernier soupir,

Elle pleurait l'enfant qui la faisait mourir;

Ses pleurs recommandaient à l'amour paternelle

Cet enfant malheureux abandonné par elle.

Ma mère!... à vos genoux ne la voyez-vous pas?

Redevenez mon père, et tendez-moi vos bras;

Que la voix du tombeau soit au moins entendue;

Et, pour votre tendresse à mes larmes rendue.

Laissez-moi conquérir, apporter en ces lieux,

Bien plus que les Etats soumis à vos aïeux;

Bien plus que le Potose et ses mines fécondes,

Plus que tous vos vaisseaux, vos deux mers, vos deux mondes;

Laissez-moi vous donner le premier bien, la paix;

Le plus grand des trésors, l'amour de vos sujets:

OEuvres posthames. I. I O

i46 PHILIPPE IL

C'est le prix que j'attends à vos pieds que j'embrasse; Si ce n'est pas un prix, que ce soit une grâce; Mon père, exaucez-moi; mon triomphe est certain.

PHILIPPE, sortant.

Jamais.

CARLOS, se relevant désespéré.

Jamais ! ce mot a fixé mon destin.

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