SCÈNE IV
CARLOS, ELISABETH, PHILIPPE, SPINOLA, LE DUC D'ALBE, courtisans, gardes, pages
avec des flambeanx.
La Reine , dites-vous ?
SPINOLA
La Reine.
Je la voi.
On ne vous trompe point: oui, Philippe, c'est moi.
Vous, madame!
ELISABETH
C'est moi , près de votre victime :
J'ai voulu, mais en vain, vous épargner un crime.
PHILIPPE, reculant à l'aspect de Carlos.
Mon fils!
CARLOS
De votre cœur ce nom s'est élancé :
C'est bien tard; mais enfin vous l'avez prononcé. Ce fils... qui fut le votre... et qui veut l'être encore... Pour d'Egmont, pour leBelge, en mourant vous implore. Pardonnons... O mon père... au nom de mes malheurs , Rendez la Reine... heureuse... et vos sujets... Je meurs.
i8o PHILIPPE II.
ÉLISABETK, égarée.
Carlos! mon cher Carlos!
P H I L î P P K , à part.
O remords!
lÉLISABETH.
Il eX^pire.
Arrête : ah ! que la mort suspende son empire.
Quoi! si près! et si loin!.,., si loin dans le trépas!
Approchez; point de hruit; marchons, parlonstoutbas.
Philippe est retiré; la nuit est favorable.
Siu' le trône d'Espagne il siège un grand coupable:
Castillans, vous avez un, assassin pour roi.
Mais vous baissez les yeux; d'où vient ce morne effroi?
d'albe.
Reine, épouse...
Moi reine! O rang, titre funeste!
Ne prononcez jamais ce nom que je déteste. Epouse! il m'en souvient.... ce souvenir m'est doux: Jeune , je vins m'unir au sort d'un jeune époux. Oh! combien ses vertus méritaient ma tendresse! Comme son cœur brûlant m'aimait avec ivresse ! Eh bien ! dans le cercueil je veux l'accompagner.
Vous, 6 ciel!
ELISABETH
De quel droit prétends -tu m'épargner?
Si je vivais encor, je serais ta complice. Tu m'aimes: que l'amour soit ton premier supplice.*