‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 174 sur 351 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

Un lieutenant du prince avec impunité

Au fils de l'Empereur auia-t-il insulté?

Quand le premier soldat n'est qu'un chef de rebelles ,

Quel chef conserverait des légions fidèles?

Si des fils , une veuve , et les Romains en deuil ,

Vont de Germanicus entourer le cercueil ;

Jeune, et toujours vainqueur, s'il vit ses destinées

Dans ses triomphes même en naissant moissonnées;

Compagnons d'un héros, vous, dont les étendards

Ont constamment suivM'héritier des Césars,

Je vous prends à témoin que des complots perfides

Abreuvaient mon époux de chagrins homicides.

Il luttait, mais en vain, contre la trahison':

Un homme a tout conduit; et cet homme est Pison.

Sans me déshonorer par une lâche absence,^ Je m'étais à moi-même ordonné le silence : J'espérais que César, assuré de ma foi, Daignerait se charger de réponc^re pour moi. Il m'en laisse le soin. Rome , mieux informée , Pourra savoir un jour qui souleva l'armée. D'Agrippine, aujourd'hui , la sévère douleur Appelle un attentat ce qui fut un malheur. Mais dans un autre temps, dans une.autre province, Je n'étais point alors le lieutenant du prince: Germanicus a vu ses légions sans frein. Déjà l'aigle, infidèle au pouvoir souverain. Des marais du Batave aux champs de l'Illyrie,

266 TIBERE

De son vol orageux menaçait la patrie.

Le drapeau fut souillé ; le sar^g fut répandu :

Et quand ? lorsque d'Auguste au tombeau descendu

Tibère honorait l'ombre, et recueillait l'empire,

Dans un règne naissant , époque où Ton conspire ;

Quand des soldats pouvaient, par la rébellion.

De quelque autre César aider l'ambition.

D'un héros qui n'est plus, intrépide adversaire,

Je vous rends grâce, à vous qui, dans sa vie entière,

Choisissez l'instant même où sa fidélité

Aux yeux des légions a le plus éclaté.

Je n'ai point oublié que dans la Germanie,

Quand il était absent, la révolte impunie

Immola des tribuns près de leurs étendards.

Et menaçait déjà, devant l'autel de Mars,

Un vieillard, du sénat député consulaire,

Plancus , réfugié sous l'aigle tutélaire.

Germanicus parut; nous eûmes un appui :

Il courait des périls, j'étais auprès de lui.

« Où sont, dit le héros, les légions de Rome?

« Et comment aujourd'hui faut-il que je vous nomme?

« Soldats ? de votre chef vous repoussez la voix.

« Citoyens ? du sénat vous méprisez les lois.

« Ennemis? non, jamais leur haine sacrilège

« N'a des ambassadeurs blessé le privilège.

« Jules chez les Gaulois vit son camp mutiné :

« Il s'écria : Romains ! et tout fut terminé.

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