ACTE IV, SCENE V. 3ii
Prépara, présenta le breuvage homicide.
Mon père , eh ! c'est alors que vous deviez parler ; C'est lui qu'avant son crime il fallait immoler.
Il fallait conserver l'espérance de Rome, Lutter contre Tibère en faveur d'un grand homme, A l'appui des soldats hautement recourir, Avertir le héros , le sauver et mourir. Et je pourrais, chargé jd'une honte éternelle, Rendre de mon forfait sa veuve criminelle ! D'Agrippine abusée évitant le courroux, Je pourrais la couvrir du sang de son époux! Ah! je dois bien plutôt provoquer ma sentence, Maudissant l'Empereur, abhorrant l'existence, Abandoimé de Rome et des Dieux ennemis, De la nature entière , et même de mon fils.
CNÉIUS
Non; le crime entre nous n'a point mis de barrière- Non; je vous tiendrai lieu de la nature entière. Hélas! plus de pardon, plus d'avenir pour nous; Mais vous aviez un fils ; il est toujours à vous. J'ai juré de vous suivre, et je le jure encore Par ces Dieux outragés que ma douleur implore. Ah ! si de la vertu , premier de leurs bienfaits , Un précipice affreux sépare les forfaits , Le remords, franchissant cet intervalle immense ,^
3i2 TIBÈRE.
Devant ces Dieux peut-être est encpr l'innocence.
L.iisse là mes remords; parle de mes complots : Trop souvent un coupable est le fils d'un héros : Mais un espoir me luit dans l'horreur qui m'accable; Un héros quelquefois est le fils d'un coupable. vSi ton père est flétri , rappelle tes aïeux. Moi, faisant éclater ma honte à tous les yeux, Rejetant le pardon , n'aspirant qu'au supplice , Demain, je veux dans Rome accuser mon complice, Déclarer en public et son crime et le mien , ]{ntendre mon arrêt et prononcer le sien. ;.
c NÉ lus.
Vous pourriez...
nsoN.
Je lirai les ordres de Tibère.
Il connaît mon dessein. Va, ton malheureux père, Ayant perdu sa gloire, ose encor la chérir. Et du moins en mourant veut la reconquérir.
Ah! c'est elle qui parle, elle qui vous anime, Qui peut seule inspirer cet abandon sublime. Du crime tout puissant quittant l'affreux séjour, Demain, quand le sommeil ramènera le jour. Dévoilez tout, mon père; et que Rome s'explique. Et vous , Dieux , citoyens , qui , sous la république , Des Gâtons , des Brutus entendiez les sermens ;