‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 204 sur 351 · GUERRIERS · texte numérisé non relu

GUERRIERS

AGRIPPINE

Agrippine.

Aujourd'hui, sénateurs, j'ai dénoncé Pison.

TIBÈRE

Que voulez-vous encore?

AGRIPPINE

Obtenir son pardon.

Son pardon !

AGRIPPINE

Ma démarche a lieu de vous surprendre :

3i8 TIBÈRE.

César, écoutez-moi; sénat, veuillez m'entendre.

TIBÈRE

Parlez.

AGR IPPINE,

J'avais rempli mou devoir rigoureux; Et, bientôt l'abjurant pour un droit généreux, Mon cœur s'applaudissait : j'apprends en mon asile Que demain le pardon pourrait être inutile. Ces guerriers à l'instant sont venus m'annoncer ' Que Pison par des cris s'entendait menacer, Qu'on demandait sa tête, et qu'un ordre suprême Convoquait le sénat au sein de la nuit même. Leurs voix contre Pison ne s'élèveront plus ; Comme eux je viens le rendre aux vertus de Cnéius. A de longs repentirs mon courroux l'abandonne. -* Auguste a pardonné : Germanicus pardonne. De s^s persécuteurs il fut long-temps l'appui; Sa veuve en l'imitant reste digne de lui : Il lui suffit des pleurs qu'il vous a fait répandre; Les regrets des Romains ont bien vepgé sa cendre ; Et , dût ce pardon même être accusé d'orgueil , Des nommages sanglans souilleraient soir cercueil.

TIBÈRE

Qu'entends-je ! le sénat peut souffrir ce langage ! Romains dégénérés, prêts à tout esclavage. Au gré de son caprice, Agrippine, en un jour, Pourra-t-elle accuser, pardonner tour à tour? Non; que Pison périsse, ou qu'il se justifie.

Page 1