ACTE I, SCENE II
Je n'ai point vu le roi que regrettent vos larmes; Mais, si l'on m'a dit vrai, ce prince infortuné Loin des remparts tliébains périt assassiné.
Il tomba sous les coups d'une main meurtrière, ' Quand des Etats voisins il touchait la frontière. Succombant tour à tour, après un long effort, Les compagnons du roi partagèrent son sort. Un seul a reparu; mais, indigné peut-être D'avoir osé survivre au trépas de son maître, Il a loin de nos murs enseveli ses jours. Si l'on peut toutefois en croire ses discours, Sous des brigands armés Laïus perdit la vie.
ŒDIPE
Par la haine sans doute elle était poursuivie; Et leur main sacrilège, en cet événement. Fut des complots cachés le vénal instrument.
CRÉON
On forma des soupçons; on parla de complices; On voulut du forfait suivre tous les indices. Telle est d'un peuple ému la première chaleur : Du nom de la vengeance il nourrit sa douleur. On négligea depuis des rigueurs légitimes; Le sphinx à chaque instant dévorait ses victimes; Et jusqu'au souvenir d'un désastre passé Par le danger présent fut bientôt effacé.
CffiDIPF.
Quand vous avez, Thébains, oublié la justice,
Ne vous étonnez pas que le ciel vous punisse.
Si vos maux sont cruels, vos maux sont mérités :
Fallait-il que des Dieux, justement irrités,
Au sein de vos remparts le courroux vînt descendre?
D'un héros massacré vous entendiez la cendre.
Successeur de Laïus, je veux être son fils ;
De ses mânes vengeurs j'apaiserai les cris ;
Pour la seconde fois j'affranchirai ces rives.
Rassurez-vous, enfans, dont les trihus plaintives
De pleurs religieux ont baigné ces autels:
La voix des supplians fléchit les immortels.
Vous, pontifes, rentrez au fond du sanctuaire;
Et vous, sage Créon, mon allié, mon frère.
Venez avec OEdipe, auprès de votre sœur.
Dans son cœur gémissant verser quelque douceur.
Thébains, remplissons tous un devoir qui nous presse ;
Ecoutez, retenez, rappelez-vous sans cesse
Les ordres, les sermens, les vœux de votre roi.
LE CHOEUR
Pour tout le peuple, OEdipe, ils seront une loi.
OE D I p E.
Citoyen comme vous, et, dans le rang suprême,
Aux décrets du pouvoir obéissant moi-même,
Je jure de venger l'héritier de Cadmus;
.Te jure de punir l'assassin de Laïus.
Oui, puisque notre loi n'admet pas les supplices.
Que banni des cités, exclu des sacrifices,
Privé de l'eau lustrale et de l'aspect des Dieux,