ACTE lii, SCEiNE IV. 3Gi
Je respire!
Ah! tremblez. Aux champs de la Phocide, De ce triple chemin, route affreuse, homicide, (Jii voyageur osa me disputer l'accès.
Vous m'avez peint son âge et sa taille et ses traits. 11 était sur un char : cinq guerriers de sa suite Voulurent, mais en vain, me contraindre à la fîiite; Le vieillard me frappa d'un coup mal assuré ; Je m'élançai soudain, de vengeance altéré; irrité par le nombre et deveim terrible. Je frappai le vieillard d'un coup plus infaillible.
JOCASTE
11 périt?
OE D I P E
Il périt. Ses compagnons blessés, A mes pieds tour à tour tombèrent renversés.
Dieux !
CE D I p E.
Si ce voyageur, ce vieillard vénérable Etait... concevez-vous un sort plus déplorable? Nul Thébain désormais ne peut me recevoir: Plus d'asile pour moi; plus d'amis, plus d'espoir: J /arrêt, l'arrêt terrible est sorti de ma bouche : Un roi fut ma victime, et j'ai souillé sa couche. Tous mes jours sont flétris, tous mes pas sont impurs.
Quel parti prendre, ô Ciel? fuir à jamais ces murs,.. Fuir ! où fuir, malheureux Peliez les miens Pet qu'y faire P Au sein de mon pays mettre un pied téméraire ! Pourquoi? pour m'y baigner dans le sang paternel ! Pour unir à ma mère un enfant criminel? Grands Dieux, qui dans vos mains tenez ma destinée, Epargnez-uioi ce sang, cet horrible hyménée; Frappez: l'heureux OEdipe, à l'abri des forfaits, En tombant sous vos coups bénira vos bienfaits!
JOCASTE
Dans vos prospérités mettez plus d'assurance.
OE D I p E, J'ose écouter encore une ombre d'espérance: J'étais seul à Daulis, en ce fatal chemin Où mon bras indigné versa du sang humain; Seul.
JOCASTE.'
Eh bien?
Quand Laïus périt sur cette route , Phorbas l'accompagnait; il a dit vrai sans doute; Et, si par des brigands le Roi fut égorgé. Ah ! peut-être sur eux ma main l'aura vengé.
JOCASTE
Oui , Phorbas a parlé ; c'est lui qu'il faut en croire : Thèbes de son rapport conserve la mémoire; Vous l'entendrez lui-même; et, sans plus de délais, Je vais mander Phorbas; rentrons dans le palais.