OEDIPE, LE GRAND-PRÊTRE, LE CHOEUR
OE D I P E
Ciel! où fiiir? où traîner mon existence affreuse? Où suis-je? et quelle est donc cette voix généreuse? O Fortune, où vas-tu? Gloire, où m'as-tu conduit?
LE CHCœUR.
Dans l'abîme des maux.
OE D I p E.
O longue, ô sombre nuit!
Immense obscurité! ténèbres éternelles!
LE CHŒUR
Cher Œdipe!
OE D I p E.
C'est vous ? vous , mes amis fidèles ?
LE CHOEUR
Avec tant de rigueur quel dieu vous a puni?
OE D I p E.
Apollon commandait; mes mains ont obéi.
LE CHOEUR
o décret inhumain! fatale obéissance!
Œuvres posthumes. L 2 3
OE D I P E
Périsse le cruel qui, durant mon enfance, Sauva dans les forêts OEdipe abandonné, Et brisa les liens dont j'étais enchaîné ! C'est lui qui m'a rendu meurtrier de mon père , Frère de mes enfans, et mari de ma mère.
LE CHCœUR.
Votre supplice, OEdipe, est pire que la mort.
Ah! tout blessait ma vue; et, même au sombre bord. J'aurais de mes parens trouvé l'aspect funeste: Ici, qu'aurais-je vu? les enfans de l'inceste, Thèbes, ses murs , ses tours, ses temples et ses dieux. Tout ne fut-il donc pas interdit à mes yeux? J'ai prononcé l'arrêt; et je suis la victime. Oui , j'ai cessé de voir les témoins de mon crime ; Mais je puis les entendre , et c'est mon désespoir. Cithéron ! dans tes bois pourquoi me recevoir. Ou ne pas m'engloutir sous ton ombre éternelle? O Corinthe! ô maison que je crus paternelle! Polybe, en fils de roi devais-tu m'élever? Etait-ce un assassin qu'il fallait conserver? O chemin de Daulis! 6 Delphes! 6 Phocide! De quel sang j'abreuvai ton sentier parricide! Hymen , horrible hymen ! toi qui m'as enfanté , C'est toi qui rends OEdipe aux flancs qui l'ont porté. Tu produis, tu confonds des frères et des pères, ]^es fils et des époux, des femmes et des mères;