‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 269 sur 351 · ACTE III, SCÈNE IL 4i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL 4i

Jls refusaient l'exil à mes vœux, à mes larmes.

De mon sort, par degrés , je dissipai l'horreur;

Une lueur d'espoir vint éclairer mon cœur;

Soudain se réveilla leur injuste furie:

Dans l'Univers entier je me vis sans patrie.

Pour fléchir les Thébains je n'ai rien oublié;

Des Thébains endurcis rien n'émut la pitié :

Vous osez me l'offrir, lorsque je la déteste!

Perfides, loin de moi votre pitié funeste!

Loin de moi ce palais où, par vous ramené.

Votre esclave royal languirait enchaîné!

C'est ici , car je vois le motif qui vous presse ,

Ici que vous attend ma cendre vengeresse.

Ma fille est tout pour moi ; mes fils doivent périr.

De ces remparts thébains, qu'ils veulent conquérir,

De ces champs, où la guerre avec eux va descendre,

Us n'auront que le champ où dormira leur cendre.

Vous , prince ambitieux , parent dénaturé ,

Ne déshonorez plus un rivage sacré;

Ne vous arrêtez pas dans l'air que je respire;

Vous périrez sujet: ma fille aura l'empire;

Et, courbés à leur tour sous les Dieux offensés,

Les Thébains me rendront les pleurs que j'ai versés.

c R É o N. Je n'ai donc entrepris qu'une démarche vaine! Loin de vous apaiser, j'irrite votre haine! De Thèbes, désormais, tout vous est odieux! Je ne vous presse plus d'abandonner ces lieux.

4i4 OEDIPE A COLONE.

Vous le voulez ; restez : mais cessez de prétendre Que loin de son pays, dans un âge si tendre, Ignorant l'iiyménée et ses chastes douceurs. Cette, princesse encor se nourrisse de pleurs. Son front chéri du ciel demande une couronne- Elle suivra mes pas, puisque Thèbes l'ordonne. C'est languir trop long-temps sous un ciel étranger.

ANTIGONE

Par ta pitié cruelle oses-tu m'outrager?

Ne parle plus d'hymen, de Thèbes, de couronne.

Au malheureux OEdipe arracher Antigone !

Que ferait un vieillard qui, jusques aujourd'hui.

Exilé , vagabond , n'eut que mon faible appui ,

Qui m'aime, qui m'est cher, dont l'image adorée

Me retrace des Dieux la majesté sacrée?

Et pour qui, désormais, faut-il l'abandonner?

Pour toi! pour les Thébains qui l'ont pu détrôner!

L'espères-tu, dis-moi, qu'uigrate à sa tendresse

Je pourrai sur ces bords délaisser sa vieillesse?

Mais un trône m'attend? va, j'aime mieux mon sort:

Je ne veux point d'un trône où s'assied le remord.

OEdipe est avec moi; je suis trop fortunée:

Il me tient lieu de rang, de grandeur, d'hyménée;

Vivante pour lui seul, je trouve dans ses bras

Un père, une patrie, un trône et des Etats.

Suivez-nous. Ces vieillards ne sauraient vous défendre.

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