‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 27 sur 351 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

MEMNON, HARPAGE.

HARPAGE.

O VOUS, pontife saint que l'Orient révère, Qui savez dire aux rois la vérité sévère, Et jamais, caressant les abus du pouvoir, N'avez flatté l'empire, et vendu l'encensoir! Si je viens, près de vous, dans la même journée Où d'iui siècle nouveau s'ouvre la destinée. Et dans le même temple où la fille des rois De ses longues douleurs a déposé le poids.

iS CYRUS.

Un intérêt puissant pour elle et pour l'empire

M'ordonne de parler, me dirige et m'inspire.

Je vous connais; mon cœur va s'ouvrir devant vous:

Un héros dans ces lieux nous fut promis à tous;

Un roi le persécute; un empire l'implore:

Des promesses du ciel on se souvient encore;

On hait et l'on méprise un fantôme de roi

Qui craint, et qui se venge en répandant l'effroi.

Si du jeune Elénor j'ai guidé la vaillance,

Eiénor avec moi sera d'intelligence :

Les guerriers à regret courbent un front soumis;

D'Astyage abusé les fragiles amis,

Aujourd'hui dans sa cour plus rampans que fidèles,

S'il vient à chanceler, demain seront rebelles :

On les verra toujours sur les pas du pouvoir.

Et c'est leur intérêt qu'ils nomment leur devoir:

Mais Cyrus obtiendra de plus dignes hommages.

Qu'en pensez-vous, pontife, et qu'attendre des mages?

MEMNON

L'obéissance aux Dieux et des vœux pour Cyrus.

HARPAGE.

Des vœux ? Eh quoi , Memnon , vous n'avez rien de plus !

Quand des rois indolens déshonorent l'empire.

Contre eux-mêmes bientôt leur faiblesse conspire.

Bélus , aimé des siens et partout respecté ,

Fut puissant par le glaive et grand par l'équité;

Ninus, Sémiramis, égalant son courage,

De ce roi fondateur ont cimenté l'ouvrage;

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