‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 279 sur 351 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

Ma fille, s'encliaînant à mes jours déplorables. Epousa mon exil et mon adversité; Travaux, dangers, mépris, elle a tout supporté. Je vis pour Antigone. Eh! vivrais-je sans elle? Je dois mon existence à son généreux zèle; Elle est toujours ma fille, et vous fûtes mes fils. Mais je serai vengé; mais vous serez punis: Sur vos coupables fronts si long-temps suspendue La foudre est toute prête, et va percer la nue. Va tenter les combats; cours à Thèbes,va, cours; Ton espoir est fondé sur d'impuissans secours : Au pied des murs thébains la sentence est écrite; Elle attend Polynice: allez, race proscrite; Tous deux dans votre sang vous tomberez plongés, L'un de l'autre sujets, l'un par l'autre égorgés. Tous deux je vous dévoue aux noires Euménides; Leurs serpens abreuvés du sang des parricides. D'un père au désespoir vengeant les pleurs amers. Vous poursuivront tous deux jusque dans les enfers. Mais, tes vœux sont remplis , et tu viens de m'entendre: Va retrouver ce roi qui t'a nommé son gendre; Dis-lui quel héritage OEdipe furieux Laisse, avant son trépas, à des fils odieux.

POLYNICE

O trop fatal voyage! auspices exécrables! Non : je ne reçois point ces adieux redoutables. Moi, sur un trône impur, loin de vous exilé. Traînant l'horrible poids dont je suis accablé,

Abandonné du ciel et maudit par un père, J'irais... Non; vaineinetit votre courroux l'espère. Fermez-moi votre cœur; repoussez de vos bras Votre enfant malheureux qui s'attache à vos pas; J'y demeure enchaîné: qu'Etéocle m'opprime; Plus de trône pour moi ; mais surtout plus de crime.

Qui? moi! te recevoir?

POLYNICE

Ah! sinon comme un fils, Du moins comme un esclave à vos ordres soumis.

OE D I P E

Ingrat! si tu sentais un remords véritable!

POLYNICE

Au nom de ce remords, compagnon du coupable, De ce tourment affreux plus grand que vos malheurs...

ANTIGONE

Mon père! il se repent; je vois couler ses pleurs.

Ma fille!

ANTIGONE

Rendez- VOUS, rendez-vous à nos larmes; D'un pardon généreux goûtez encor les charmes.

OE D I p E.

Doit-il donc partager le prix de ta vertu?

ANTIGOIVE.

Oui , mon père. A vos pieds il gémit abattu ; Je m'y jette avec lui: si vous m'aimez encore,

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