ACTE 1, SCÈNE I
Tranquille, cette nuit elle entr'ouvrait les yeux, En s'écriant : « Il vient : voilà , voilà mon père ; « J'entends sa douce voix. » Si Zoé vous est chère La pauvre enfant vous aime, et jusques aujourd'hui Elle n'a respiré que pour vous et pour lui.
NATHAN
Pour lui , dis-tu ? qui , lui ?
BRI GITE
Mais, lui... qui l'a sauvée.
NATHAN
O bonheur! Et qui donc? qui me l'a conservée?
c'est un jeune Français , un de ces chevaliers Qui rendent si fameux le nom de Templiers. L'ame de Saladin , pour lui seul adoucie , A ce chrétien captif avait laissé la vie.
NATHAN
Que de ressorts cachés! quel étonnant destin! Un chevalier français qu'épargne Saladin !
Oui, sans doute, un Français, un Templier, vous dis-je.
NATHAN
Dieu! pour sauver Zoé tu faisais un prodige!
BRTG I TE.
Sans ce brave chrétien...
NATHAN
Cet homme est bien heureux! Ne tardons plus; cherchons ce mortel généreux;
Je veux le voir, Brigite. Ah ! conduis-moi de grâce.
BRI GITE
Où donc?
NATHAN
A ses genoux, pour que je les embrasse; J'ai besoin de le voir. J'étais loin de ces bords; Mais vous avez sans doute épuisé mes trésors; Et , pour récompenser ce bienfaisant courage , Donné mes biens entiers et promis davantage?
BRIGITE.
Donné, promis : c'est bon ; mais quand l'aurions-nous pu?
Il est venu, Dieu sait comment il est venu;
Il est parti, Dieu sait quel séjour il habite.
Le jour de l'incendie il accourut bien vite;
Dans les torrens de flamme on le vit s'engager,
Sans daigner seulement s'informer du danger:
C'est un guerrier français : il est né magnanime.
Envoyé par son Dieu pour sauver la victime,
De Zoé solitaire il entendit les cris.
Quand les toits eml)rasés s'écroulaient en débris,
Quand déjà l'on pleurait son inutile zèle,
On le vit tout-à-coup s'élancer avec elle.
Poser d'un bras nerveux son précieux fardeau,
Et, du plus grand sang froid secouant son manteau,
Echapper à nos yeux dans la foule étonnée.
NATHAN
Echapper, me dis-tu? la première journée!