ACTE II, SCENE IV. 5ii
ZOÉ
Non, mon ange gardien ne m'eût jamais quittée.
Quoi! même en la sauvant je ne la voyais pas! J'ignorais quel trésor j'arrachais au trépas! Ai-je compté sans elle un jour digne d'envie? Non; c'est en ce moment que je connais la vie; Et, loin d'elle égaré...
ZOÉ
J'avais un sort plus doux :
Vous étiez loin de moi; j'étais auprès de vous, Quand le vent du désert, soufflant avec furie. De sables enflammés inondait la Syrie; Quand la pluie et la foudre et les noirs aquilons Des monts retentissans fondaient sur les vallons. Je disais, il me fuit: au moins a-t-il au monde Des secours, un asile, un cœur qui lui réponde. Mais il veille sur moi; je ne l'ai point perdu; Paisible dans le ciel dont il est descendu. Sans doute il quitterait sa patrie immortelle. Pour me placer encor sous l'abri de son aile. De ses regards sauveurs mes pas sont entourés. Cent fois , dans les instans au repos consacrés , Livrant mon ame entière à votre bienfaisance. De mon soutien chéri j'ai rêvé la présence. Cent fois de ma fenêtre, au moment du réveil, Quand l'air frais du matin, quand les feux du soleil Venaient sourire au ciel et consoler la terre,
J'ai vu, sous les palmiers, dans le champ solitaire, Briller le manteau blanc de mon libérateur. Mes yeux, suivant partout cet astre bienfaiteur, Ont gravi sur le mont, ont parcouru la plaine. Quand des derniers rayons la lumière incertaine Rougissait par degrés les sommets du Thabor, Après vous, sur vos pas, mes yeux couraient encor. Quand la nuit s'étendait sur la voûte étoilée, Seule, aux palmiers, aux vents, à l'ombre, à la vallée, A la colline absente adressant mes adieux. Pour vous voir plus long-temps je regardais les cieux.
M ONT FORT
O pure et douce ivresse! ô candeur ingénue! Pour punir un ingrat qui vous a méconnue, C'est vous qui de ses torts daignez le consoler! Zoé! de mon boidieur voulez-vous m'accabler? Ah! mon cœur ignorait jusques à l'espérance; Tu m'as guidé, grand Dieu! des rives de la France: Ta bonté désarmait le bras de mon vainqueur, Pour sauver par mon bras cet objet enchanteur. Achève, et que Zoé ne me soit plus ravie; Zoé, le charme unique et l'ame de ma vie. , Que Saladin me compte au rang de ses sujets ; Qu'il conserve un empire où régnent ses bienfaits; Moins grand, mais plus heureux, je ne veux d'autre empire Que le toit qu'elle habite et l'air qu'elle respire. Et vous, exaucez-moi; vous, daignez confirmer Ces vœux d'un cœur brûlant que je viens de former.