ACTE III, SCENE II
M A Np ANE.
Arbacès !
ÉLÉlfOR.
Un vain espoir vous flatte.
Arbacès, dites-vous, et non pas Mitradate?
Mitradate à mes yeux ne s'est jamais montré; Mais son nom m'est connu : je n'ai point ignoré Que d'Harpage et de lui l'heureuse intelligence A conservé Cyrus proscrit dès sa naissance ; Qu'il lui servit long-temps et de guide et d'appui ; Que d'asile en asile il fuyait avec lui. Hélas! depuis trois ans le destin les sépare; Chez les Scythes caché , sous un climat barbare , Depuis trois ans, dit-on, Cyrus est isolé. Arbacès, en ce temps, de vieillesse accablé. Expirait loin de moi dans les champs d'Amasie; Et moi , portant la guerre aux bornes de l'Asie , Et du sort une fois désarmant le courroux, Je servais votre père, et vengeais votre époux.
MANDANE
J'ose encore implorer votre audace intrépide : Cyrus est sans appui , sans compagnon , sans guide : J'avais cru... j'abandonne un espoir aussi doux, Mais non les sentimens que j'ai conçus pour vous. Vous n'êtes point Cyrus : eh bien! soyez son frère; Soyez mon second fils , je serai votre mère :
Courez, sanctifiez ce glaive paternel,
Qui des cieux prévoyans fut le don solennel.
Cyrus n'a plus que vous, à vous je le confie:
Conservez, protégez, environnez sa vie;
Aux périls, aux déserts, redemandez Cyrus;
Dans mes vœux , dans mes pleurs , vous serez confondus ;
Mon amour vous unit, que mon nom vous rassemble;
Combattez, triomphez, vivez, régnez ensemble.
ÉLÉNOR.
J'accepte avec transport le nom de votre fils. Tout, excepté l'empire; il ne m'est point promis. Orphelin , sans naissance , adopté par vos larmes , N'est-ce donc point assez? Je consacre mes armes A ce frère chéri, que vous m'avez donné, X ce roi qu'un oracle a déjà couronné. Ses périls sont les miens, et ma vie est la sienne; Gardons Cyrus au monde, à sa mère, à la mienne. Je cours avec les Dieux en partager le soin : Jamais, jamais peut-être il n'en eut plus besoin.
O ciel ! daignez instruire une mère alarmée.
ÉLÉNOR.
Je ne m'explique point; mais je rejoins l'armée.
MANDA NE
J'entends votre silence; un père...
ÉLÉNOR.
Le voici.