VIII NOTICE
tome de la décrépitude de l'art théâtral , quand il n'en est plus le premier essai. Il lui semblait impossible que l'esprit humain rétrogradât en effet de Racine à Schiller , à moins qu'on ne s'avisât aussi de renoncer à la philosophie de Locke pour celle de Kant, et de se replonger, après deux siècles de progrès et de lumières , dans les plus épaisses ténèbres du moyen âge. Il espérait que les Français, au moins, seraient long-temps préservés de ces travers par le sentiment de la gloire éminente de leur littérature nationale , et par l'instruction saine et pure que leurs grands écrivains ont répandue.
Chénier, outre son théâtre, a laissé des poésies diverses, dont le public possède déjà deux principaux recueils : l'un, imprimé en 1797 ' , composé seulement de poésies lyriques, et divisé en trois livres , savoir : les odes , les hymnes et les chants imités d'Ossian ; l'autre, beaucoup plus riche, publié en 1818 ^, et contenant le premier livre de la Bataviade , le chant premier d'un poëme sur les Principes des arts , un Essai sur la satire, des discours en vers, des épîtres, des élégies, des contes, des dialogues, des épigrammes, une traduction en vers de l'Art poétique d'Horace , et quelques autres poésies diverses. On s'est abstenu d'insérer dans ce second recueil certaines pièces satiriques qui avaient été imprimées à part depuis 1796 jusqu'en i8o5 , et qui ont besoin de devenir plus anciennes, pour ne réveiller aucune discorde , et ne perpétuer que les traditions du bon goût. En rappelant ici ces satires de Chénier, nous ne prétendons point assurément les déclarer impartiales. Dans la chaleur ou même dans le tumulte des querelles politiques et littéraires, comment aurait-il toujours évité les écueils d'un pareil genre ? Trop souvent victime , il n'a pu se garantir assez d'être injuste ; et c'est là le plus grand tort que lui aient fait ses ennemis. Entraîné par l'essor de son talent bien plus que par des affections malveillantes , il eut le mal-