‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 8 sur 351 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

que au discours de Rulhière sur les Disputes. Nous croyons qu'en effet Voltaire eût dit de ces vers de Chénier encore plus que de ceux de Rulhière : «■ Voilà des vers comme on en faisait '( dans le bon temps. «

La Hollande affranchie du joug espagnol était le sujet d'un poëme épique en dix livres, qui, entrepris en 1806, n'aurait pu être achevé qu'en 1 8 1 5 , et qui demeurait interrompu toutes les fois que le poète, dont la santé s'affaiblissait de jour en jour, perdait l'espoir d'atteindre à ce terme. Il se promettait de finir au moins un poëme didactique, qui ne devait avoir que quatre chants, mais dont il n'a pu terminer que le premier. Il osait y traiter de la théorie générale des beaux arts , des principes qui leur sont communs à tous , des formes et des méthodes qui doivent demeurer projjres à chacun d'eux. Il avait déjà publié un discours en vers sur les poèmes descriptifs ; et il se proposait d'examiner si la raison et le bon goût admettent un genre romantique.

C'est, comme on voit, un recueil très-riche et très-varié que celui des poésies diverses de Chénier : il s'en faut pourtant que nous indiquions ici tous les morceaux qui le composent , ni tous ceux qui resteraient à y joindre. Les amis des lettres et de la liberté y ont distingué l'élégie intitulée la Promenade, composée en i8o5 : peinture fidèle et touchante des sentimens politiques de l'auteur, de son patriotisme inaltérable, et de l'hoireur que lui inspirait la tyrannie sous laquelle gémissait alors la France.

Ses écrits en prose peuvent se diviser en trois parties dont la première est comprise, sauf les morceaux que l'on n'a pu recouvrer, dans un volume publié en 18 18, sous le titre de Fragments de littérature '. On y retrouve un discours, imprimé en 1 80 1 , sur les pi'ogrès des connaissances en Europe , et de l'enseignement public en France. Quoique ce discours ait

A Paris , chez Maradan ; in-S"

SUR M.-J. CHENIER. xi

été prononcé à une distribution de prix, ce n'est ni une harangue de collège , ni un tissu de vaines formules, de complimens académiques et d'exhortations banales : c'est un éloquent morceau d'histoire littéraire, et véritablement un modèle de l'art d'instruire , qui n'est au fond que celui d'agi^andir l'esprit des élèves , de l'enrichir d'idées précises , mûres et profondes. Mais l'histoire des lettres avait tant d'attraits pour Chénier que depuis il en voulut faire l'objet d'un travail beaucoup plus étendu. Les discovu's qu'il a lus à l'Athénée de Paris contenaient la première partie d'un Tableau historique de la littérature française : il y traçait l'histoire de la langue et des divers genres de poésie et de prose depuis le onzième siècle jusqu'à l'avènement de François l^*^. Le seizième, le dix-septième et le dix-huitième siècle devaient fournir la matière des trois autres parties. Une excellente introduction expose le plan (le tout l'ouvrage, et en indique même les principaux résultats. Les leçons qui concernent les fabliavix et les anciens romans français sont les seules qui aient été imprimées en entier. Celles qui avaient pour objet les chroniques, les histoires, les poèmes, les mystères, et les autres productions dramatiques antérieures à l'année i5i5, ne sont point assez complètes dans les copies qu'il a été jusqu'ici possible d'en l'ecouvrer. Toutes ces leçons étaient d'un grand intérêt, malgré quelques inexactitudes ou même quelques erreurs que Chénier n'avait pas eu le temps d'éviter. Il se proposait de vérifier plus à loisir certains détails obscurs et d'une faible importance , auxquels il n'avait guère pu donner que l'attention qu'ils méritent. Il s'était du moins assuré, par beaucoup de lectures et de recherches , de la vérité des résultats essentiels. Nous oserons dire qu'il les a mieux saisis, et surtout mieux présentés que n'ont fait jusqu'à présent ceux qui ont attaché un prix extrême à des particularités aussi indifférentes que problématiques. L'érudition est sans contredit indispensable dans ces matières; mais elles réclament encore plus , pour être utilement traitées , les lumières de la philosophie, les grâces de l'esprit et du style. Ce qu'il faut

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