‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 97 sur 351 · ACTE III, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. i

Courbait avec grandeur son front découronné; Ce cloître où quarante ans de gloire et de puissance Devant l'éternité s'effaçaient en silence; Cette cellule, obscur et vénérable lieu, Où semblait se caclier la majesté d'un Dieu. Il me tendit les bras, me prédit la victoire; Mes regards dans les siens parcouraient son histoire : Je vivais de son nom, lui de mon avenir: Que nous étions heureux de nous appartenir! Mais un nœud plus étroit nous était nécessaire : Il lui fallait un fils, j'avais besoin d'un père. L'un vers l'autre élancés, l'un par l'autre attendris, Je l'appelai mon père, il me nomma son fils. Sa voix, ses mains tremblaient; sa grande âme agitée De mes destins futurs paraissait tourmentée. Il prononçait Philippe, et me baignait de pleurs. Philippe! ce nom seul disait tous mes malheurs.

ELISABETH

Eh quoi! si jeune encor, de funestes présages Venaient troubler... Ah! prince, éloignez ces images; Mais surtout bannissez d'ambitieux projets.

CARLOS

Ainsi que sa famille il traite ses sujets.

Philippe a mis au rang des droits de sa couronne

De rendre infortuné tout ce qui l'environne.

ELISABETH

Respectez-moi.

i3/| , PHILIPPE il.

CARLOS

Ces droits d'un despote jaloux.

Ne les ^-t-il jamais étendus jusqu'à vous?

ELISABETH

Jusqu'à moi!

CARLOS

Vainement vous voulez vous contraindre.

ELISABETH

Quandjenemeplainspas,pourquoi m'osez-vous plaindre. Prince? et qui vous a dit que j'accusais mon sort?

CARLOS

Qui me l'a dit ? grand Dieu ! tout , jusques à l'effort Que fait pour le cacher votre vertu sublime; Tout; ce calme touchant, cet esprit magnanime Dont l'éclat doux et pur semble un rayon des cieux; Ce voile de langueur étendu sur vos yeux; Dans vos traits adorés ces traces indiscrètes, Infaillibles garans de vos larmes secrètes; Ce cœur qui m'apportait, qui me devait sa foi, Et qui, j'ose le croire, était formé pour moi.

ELISABETH

Je vois avec douleur que votre âme enivrée Se nourrit du poison dont elle est déchirée. Vous aimez vos tourmens et vous les prolongez : Si vous vouliez, Carlos, ils seraient soulagés: A vos brillans destins la carrière est ouverte ; Tout un peuple est victime; on conspire sa perte; Il n'espère qu'en vous ; vous lui tendez les bras :

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