‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 3)Chapitre 11 sur 218 · SÉ JAN · texte numérisé non relu

SÉ JAN

Et les cris importuns de ce peuple odieux?

TIBÈRE

Du pain, les jeux du cirque, un sacrifice aux dieux. lbld. , scène iv, page 2g3, vers 3 et suiv.

Ainsi, les trésors de l'Etat, ses magistratures, ses honneurs, les biens des proscrits, la nourriture même de la classe indigente, deviennent le butin des scélérats et les récompenses des forfaits que les Arts et que la Religion consacrent. Quelle rapide image des résultats de la tyrannie ! Celui qui l'exerce n'ignore pourtant pas l'art de la rendre aimable et de parler le langage de la vertu au sensible Cnéius , qu'il honore d'une audience intime, afin de mieux cacher ses rigueurs envers son père. Il se couvre habilement des dehors d'une simplicité modeste aux yeux du jeune homme qu'il accueille; il le dispense de le nommer seigneur.

C'est aux rois que ce titre convient.

Ah! laissez'prononcer aux esclaves d'Asie Les noms avilissans qu'obtient la tyrannie. Je ne commande point, j'obéis à la loi ; Et je suis à l'État: l'État n'est point à moi.

Vous servirez, Cnéius, un pouvoir légitime Mieux que des courtisans par intérêt soumis,

Amis de la grandeur, mais des lois ennemis, Et qui, toujours du prince étudiant les vices, Lui vendent des forfaits qu'ils nomment leurs services. Acte IV, scène u, page 296, vers n et suiv.

Une si amère satire acquiert la plus grande force dans la bouche du personnage : aucun autre n'eût mieux exprimé les dégoûts que lui-même éprouva de l'abjection à laquelle il réduisit les hommes. Chénier reproduit partout ce que Tacite nous en retraçait en ces termes : La route devait être bien étroite auprès d'un maître qui haïssait la liberté autant qu'il méprisait la flatterie. La candeur de Cnéius n'est point assez novice, assez vulgaire pour se prendre au piège que lui tendent ses faveurs : elle déclare, au sortir de ce frauduleux entretien , qu'elle a vu Tibère tout entier. Elle implore la générosité, la clémence d'Agrippine, et lui arrache le serment de retirer l'accusation portée contre son père , d'avance condamné par un conseil esclave. Le sublime tempéré qui soulage les âmes en cet endroit y fait régner une sorte d'admiration, au spectacle du noble et attendrissant accord qui se forme entre la veuve désarmée et le fils suppliant. Après la fatigue d'avoir été témoin des traités entre les persécuteurs qui se liguent, on aime à écouter ceux qui rapprochent les persécutés, que réconcilient leurs mutuelles infortunes. Mais, vains ef-

forts de la piété du jeune homme! son père est ramené par la crainte , à la nouvelle d'une entrevue de Cnéius avec Tibère.

Je tremble, ô mon cher fils! le tyran te caresse. Ibid. , scène iv, page 307, vers 10.

Ce beau vers porte en soi son commentaire; et le sens profond qu'il contient y rejaillit avec clarté. Jusqu'ici, mon goût n'a trouvé que des occasions de louer. J'aurais pu citer encore plusieurs morceaux excellens , détacher d'autres vers brillans de concision , tels que celui du premier discours de Pison au souverain proscripteur :

Mes jours sont-ils donnés? mes biens sont-ils promis? Acte III , scène m, page 285, vers 10.

explication si courte de l'appât que la haine offrait à la cupidité pour multiplier le nombre des victimes. Dans la scène entre Agrippine et Cnéius, ai-je noté ce vers accusateur de la corruption des milices de l'empire ?

Les soldats de Tibère, et non de la patrie.

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