‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 3)Chapitre 158 sur 218 · ACTE II, SCÈNE III. 3i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. 3i

Ne portons point la guerre au sein de vos Etats;

Effaçons bien plutôt ces jours de nos misères.

Philippe et ses sujets sont nos vrais adversaires.

De l'univers entier Philippe détesté

Vit heureux et paisible, et presque respecté.

Je ne chercherai point à vous compter ses crimes :

Jusque dans sa famille il a pris des victimes.

Carlos, avant le tems au tombeau descendu,

Jette un cri douloureux qui n'est pas entendu;

Le sang de votre sœur demande aussi vengeance.

Maintenant savez-vous quelle est son espérance^

Déjà dans sa pensée il combat les Français ;

Sur nos divisions il bâtit ses succès.

Le cruel dissimule ; il observe , il épie

S il pourra dans nos champs porter le glaive impie,

Si les jours sont venus où de perfides mains

Oseront jusqu'à vous lui livrer les chemins.

Quelques momens encor... Et nous pourrions l'attendre

A guider vos soldats si j'ose encor prétendre,

Oui, j'y prétends, surtout afin de le punir,

Dans ses affreux desseins je cours le prévenir.

Mais il faut travailler au bien de la patrie :

Sire, n'employez pas, c'est moi qui vous en prie,

Retz, et Guise , et Tavanne, et tous ces courtisans

Des malheurs de la France odieux artisans.

Recherchez un guerrier... faut-il que je le nomme?

Qui porte dans ses yeux le vœu d'être un grand homme ,

Ce prince magnanime, à vos destins lié,

Bourbon, ce jeune roi, ce roi votre allié,

Qu'on ne pourra bientôt comparer qu'à lui-même;

Ce neveu de Condé que j'admire et que j'aime;

Son élève et le mien , déjà plus grand que nous ,

3i8 CHARLES IX.

Digne enfin du beau nœud qui 1 unit avec vous. Confiez-nous le soin de garder la frontière, Et le soin de 1 attaque, et la fortune entière. Aux marais de Bruxelle envoyez des soldats: Bourbon sera leur chef; et d'autres, sur mes pas, S'avancant aussitôt le long des Pyrénées, Prendront du Biscayen les villes consternées. Là , jusques à l'hiver je bornerai mes coups : Je veux m'y retrancher, et , si l'on vient à nous , Ensevelir aux champs d'une autre Cérisoles Ces restes si vantés des bandes espagnoles ; Puis, au sein de Madrid cherchant un furieux, Venger de votre aïeul les fers injurieux , Le trépas de Carlos, Isabelle immolée , Et par un oppresseur l'Espagne dépeuplée.

LE ROI DE FRANCE

Cette guerre est utile, et je n'en puis douter, Mais, avant d'entreprendre, il faut se consulter. Les armes des Français pourront-elles suffi re \ combattre l'Espagne et le chef de l'Empire ? Ou bien de mes Etats ce dangereux voisin Va-t-il contre Philippe épouser mon destin '.' Pensez-vous qu'il oublie en faveur de la France Et leurs communs aïeux, et leur double alliance '

l'amiral Philippe, croyez-moi , loin d'avoir son appui , Malgré tant de liens est étranger pour lui. On sait depuis long-tems leur mésintelligence Et nous devons sans doute en fixer la naissance Au tems où Charles-Quint, lassé de sa grandeur, Nommant son fils monarque, et son frère empereur Aux mains de ses neveux fit tomber en partage

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