‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 3)Chapitre 184 sur 218 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

Tomber de cet Etat la gloire ou l'espérance : Malgré ses cheveux blancs, le vieillard immolé; Sous un gros d'assassins le jeune homme accablé, Qui de son corps mourant protège encor son père ; L'enfant même égorgé sur le sein de sa mère; Les uns percés de coups au moment du réveil, Les autres, plus heureux, frappés dans leur sommeil; Les époux expirans dans les bras de leurs femmes; Auprès de leurs enfans, ceux-ci livrés aux flammes; De leurs toits embrasés ceux-là précipités ; D'autres, en se sauvant, par le glaive arrêtés; D'autres fuyant la mort dans les flots de la Seine, Et retrouvant la mort sur la rive prochaine ; Les cadavres fumans, les membres dispersés, Partout dans les chemins, dans le fleuve entassés.

LE ROI DE NAVARRE

Effroyable attentat ! cour infâme et cruelle '

Quoi ! leurs mains... Que fais-tu , Providence éternelle ?

Quoi ! de tous mes amis ils ont percé le sein !

LE CHANCELIER

Oui, vos amis çnt tous achevé leur destin.

Ce vieillard qui jadis éleva votre enfance

A du fer catholique éprouvé la vengeance.

On veut les convertir en les assassinant.

A de nouveaux traités recourons maintenant !

O deuil ! o souvenir de notre antique gloire !

Oh ! d'une affreuse nuit périsse la mémoire !

Nos fils, (et que le Ciel, trop long-tems en courroux,

Daigne les rendre, hélas! moins barbares que nous!)

Nos fils détesteront des trames infernales,

Liront en pâlissant nos sanglantes annales ,

Avec un long effroi contempleront ces lieux,

Et maudiront les jours où vivaient leurs aïeux. Je fuis ce roi crédule et ces lâches ministres ; Je vais chercher la paix loin de ces bords sinistres. Ces débris malheureux, sans asyle, sans roi, Qu'ils viennent, j'y consens, se ranger près de moi : J'aurai toujours pour eux l'intérêt le plus tendre , Un toit à leur offrir, et mon sang à répandre. Comme on nous a trompés! Sire, je suis vaincu; Mais cette cour approche : adieu , j'ai trop vécu. Puisse encore , et voilà ma dernière espérance , Puisse un roi tel que vous , éprouvé dès l'enfance , Mûri dans les travaux et dans l'adversité, Purifier un jour ce trône ensanglanté !

( Il sort. ) LE ROI DE NAVARRE.

De la cour d'un tyran la probité s'exile; Et du crime honoré la vertu fuit l'asyle!

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