ACTE V, SCÈNE IL
Tomber de cet Etat la gloire ou l'espérance : Malgré ses cheveux blancs, le vieillard immolé; Sous un gros d'assassins le jeune homme accablé, Qui de son corps mourant protège encor son père ; L'enfant même égorgé sur le sein de sa mère; Les uns percés de coups au moment du réveil, Les autres, plus heureux, frappés dans leur sommeil; Les époux expirans dans les bras de leurs femmes; Auprès de leurs enfans, ceux-ci livrés aux flammes; De leurs toits embrasés ceux-là précipités ; D'autres, en se sauvant, par le glaive arrêtés; D'autres fuyant la mort dans les flots de la Seine, Et retrouvant la mort sur la rive prochaine ; Les cadavres fumans, les membres dispersés, Partout dans les chemins, dans le fleuve entassés.
LE ROI DE NAVARRE
Effroyable attentat ! cour infâme et cruelle '
Quoi ! leurs mains... Que fais-tu , Providence éternelle ?
Quoi ! de tous mes amis ils ont percé le sein !
LE CHANCELIER
Oui, vos amis çnt tous achevé leur destin.
Ce vieillard qui jadis éleva votre enfance
A du fer catholique éprouvé la vengeance.
On veut les convertir en les assassinant.
A de nouveaux traités recourons maintenant !
O deuil ! o souvenir de notre antique gloire !
Oh ! d'une affreuse nuit périsse la mémoire !
Nos fils, (et que le Ciel, trop long-tems en courroux,
Daigne les rendre, hélas! moins barbares que nous!)
Nos fils détesteront des trames infernales,
Liront en pâlissant nos sanglantes annales ,
Avec un long effroi contempleront ces lieux,
Et maudiront les jours où vivaient leurs aïeux. Je fuis ce roi crédule et ces lâches ministres ; Je vais chercher la paix loin de ces bords sinistres. Ces débris malheureux, sans asyle, sans roi, Qu'ils viennent, j'y consens, se ranger près de moi : J'aurai toujours pour eux l'intérêt le plus tendre , Un toit à leur offrir, et mon sang à répandre. Comme on nous a trompés! Sire, je suis vaincu; Mais cette cour approche : adieu , j'ai trop vécu. Puisse encore , et voilà ma dernière espérance , Puisse un roi tel que vous , éprouvé dès l'enfance , Mûri dans les travaux et dans l'adversité, Purifier un jour ce trône ensanglanté !
( Il sort. ) LE ROI DE NAVARRE.
De la cour d'un tyran la probité s'exile; Et du crime honoré la vertu fuit l'asyle!