‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 3)Chapitre 213 sur 218 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ment si mauvaise, daignez nous expliquer son incroyable succès.

l'a b b je.

Vous savez quel public l'approuve , Madame.

LA VID AME

Il faut convenir que ce n'est pas un public infiniment choisi.

LA BARONNE

On prétend que l'on n'y voit que des visages qu'on

n'a vus nulle part.

l'abbé.

La pièce, d'ailleurs, étant évidemment calquée sur

les événemens actuels...

DOR1MON

Oh! point de supposition, monsieur l'Abbé : il est avéré que la pièce était reçue plus de vingt mois avant qu'on ne la jouât, et que l'Auteur l'avait commencée il y a près de trois ans.

l'abbé.

Ces dames pourront juger de la bonne foi des partisans de l'Auteur par ces vers :

Ces tombeaux des vivans, ces bastilles affreuses, S'écrouleront alors sous des mains généreuses.

Vers 26, page 329.

J'allais prévenir l'objection, Monsieur. Il est trèsvrai, et les Comédiens vous l'attesteront, qu'aux représentations de la pièce l'Auteur s'est permis d'ajou-

GEuvres anciennes. I. 2 0

ter environ douze vers de circonstances, et, que sur le théâtre de la Nation , il a célébré le premier cette conquête de la Bastille, qui sera l'éternel honneur de la Fiance. Lui reprocheriez-vous de s'être donné cette liberté à l'exemple des Grecs, nos modèles et nos maîtres ? Eschyle, dans sa tragédie des Perses , ne célébrait-il pas une victoire à laquelle il avait contribué lui-même ? Assurément, vous n'ignorez rien de tout cela ; et l'on serait tenté de croire qu'il faudrait tout

vous apprendre.

l'a b bé.

Je n'ai point désapprouvé ces vers ; et je conviens qu'un poète a le droit d'embellir son sujet de quelques détails que peuvent lui prêter les circonstances; mais j'ai cru voir, dans l'ouvrage que vous vantez, tant de pensées devenues triviales, tant de lieux communs, insipides à force d'avoir élé reproduits, qu'il m'est impossible de partager votre indulgence.

DORIMON

Nous pensons bien différemment, Monsieur; et, si quelque chose me fait concevoir les plus heureuses espérances des talens de l'Auteur, c'est l'art qu'il a souvent de rajeunir, par l'expression, des idées qui semblaient devenues communes , à force d'avoir été bien ou mal exprimées. Tout paraissait épuisé , par exemple, sur les préjugés de naissance et de noblesse: eh bien! Monsieur, rappelez-vous ces beaux vers du chancelier de l'Hospital

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