ACTE I, SCÈNE I
La reine à vos destins ne sera point liée: A d'indignes amours la reine humiliée...
SOLIMAN
Ciel! achève... Azémire... Elle a donné son cœur?
NARSÈS
De cette âme si fière un chrétien est vainqueur.
s OLIMAN.
Un de ses oppresseurs! un chrétien! Azémire! Et peut-on concevoir ce coupahle délire? Azémire, dis-tu,.... non, je ne le crois pas: Azémire n'a point des sentimens si bas.
NARSÈS
En vain vous vous flattez : ce n'est plus un mystère. La reine, de sa honte esclave volontaire, Semble vouloir, Seigneur, étaler à nos yeux D'un sacrilège amour les transports odieux. Turenne, c'est le nom de ce Français qu'elle aime; Turenne en ce palais semble régner lui-même, Seigneur; et ses discours, tout en elle aujourd'hui, Ses regards, ses soupirs, ne parlent que de lui. A peine en son printems, des rives de la Seine 11 suivit des croisés la fortune incertaine; Quelque gloire peut-être a signalé son bras. Ardent, impétueux, dans l'un de ces combats, Quand, de nos murs oisifs dédaignant les barrières, Sous mes ordres marchaient nos légions guerrières , Le jour baissait; les miens s'éloignaient à grands cris; Seul, et, le fer en main, poursuivant nos débris,
78 AZÈMIRE.
Au milieu d'une troupe à sa rage immolée,
Turenne sur mes pas entra clans Héraclée.
Mais, entouré bientôt par ce peuple indigné,
Percé de coups lui-même et dans son sang baigné,
Il se rend. Ses périls , ses exploits et son âge ,
Et ses veux presque éteints, mais brillans de courage,
Et, le dirai-je encor? nos destins en courroux
Pour lui dans ce moment s'unissaient contre vous.
Azémire le vit : vous savez tout le reste.
SOLIMAN
Un chrétien ! se peut-il ? O récit trop funeste ! Eh quoi! de mes sujets, deux fois vaincus par eux, J'assemble en frémissant les débris généreux; Ses jours sont menacés: je cours à sa défense; Je cours ; et de mes pas telle est la récompense ! Et toi, de ses mépris spectateur assidu...
NARSÈS
Pour vous servir, Seigneur, j'ai fait ce que j'ai dû. Mon crédit, je le sais, mon rang est votre ouvrage; Et, si dans cette cour je pouvais davantage, Votre amour, accueilli d'un plus heureux succès, N'aurait point à former de stériles regrets; Mais, d'un penchant coupable accusateur sévère, Après de vains discours il a fallu me taire ; Et l'oreille des rois ne saurait écouter, Seigneur, que les conseils qui les veulent flatter.
SOLIMAN
Pardonnons-lui, Narsès, un moment de faiblesse: