‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 3)Chapitre 53 sur 218 · TURENNE, AZÉMIRE, ISMÈNE · texte numérisé non relu

TURENNE, AZÉMIRE, ISMÈNE

AZÉMIRE

Enfin donc, quelque jour nous pourrons sans alarmes , D'un amour mutuel respirer tous les charmes, Turenne; et ce chrétien que vous venez de voir De vous rendre à Bouillon n'a plus aucun espoir!

TURENNE

(A part.) (Haut.)

Quel supplice!... Azémire!...

AZÉMIRE

Eh bien !

TURENNE

(a part.) Quoi ! je balance,

(Haut.) (A part.)

Sachez... Non, cet effort n'est pas en ma puissance.

AZÉMIRE

Vous détournez les yeux, vous pleurez; et je voi Qu'il vous en a coûté pour être tout à moi. Comme si les destins, à mes feux plus propices, M'imposaient aujourd'hui de moindres sacrifices ! Ah! mes sujets, Turenne, eh! puis-je m'abuser? Si Bouillon vous accuse, ont droit de m'accuser.

lia AZEMIRE.

S'il faut de mes traités rendre compte à l'Asie, Je dois le confesser: rien ne les justifie; Mais enfin je vous aime... et vous m'aimez.

TURENNE

Hélas!

Vous voyez... apprenez... vous ne concevez pas...

AZÉMIRE

Ciel ! que dois-je augurer? quel trouble !

TU RENNE

Non, Madame, On ne brûla jamais d'une aussi tendre flamme.

A.ZÉMIRE

Eh bien ! s'il est ainsi , qui peut donc vous troubler ?

TURENNE

(A part. )

O Dieu! comment se taire, et comment lui parler?

(Haut.)

Ce chrétien... Nos deux cœurs sont unis dès l'enfance; Son amitié, Madame...; excusez mon silence: De tout ce qu'il m'a dit mes sens encor émus...

AZÉMIRE

ïurenne, apprenez-moi...

TURENNE

Ne m'interrogez plus.

Je ne puis vous parler, hélas! ni vous entendre; Et j'ai loin de vos yeux des larmes a répandre.

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