‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 4)Chapitre 14 sur 50 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le Lycée de La Harpe est-il le meilleur ouvrage de littérature qui ait paru durant l'époque déterminée par le décret? A notre avis, aucun ne peut le contre -balancer, soit pour l'importance et l'étendue de l'entreprise, soit pour le mérite de l'exécution. Mais les termes du décret n'en sont pas moins effrayans à l'égard de cet ouvrage même. Il s'agit de réunir au plus haut degré la nouveauté des idées, le talent de la composition , et l'élégance du style. Quant à la nouveauté des idées, il faut en convenir, c'est un mérite que l'on chercherait en vain dans l'ouvrage de La Harpe. Ici toutefois se présente une considération générale : la réunion de la justesse et de l'originalité , si rare en tous les genres d'écrire , l'est particulièrement dans la Critique littéraire. Les Eléniens de Littérature de Marmontel , et les Essais de Diderot sur Vart dramatique, offrent des idées neuves , quelquefois in génieuses , mais souvent aussi très -hasardées, ou tout-à-fait inadmissibles; et ces écrits n'ont laissé qu'une réputation équivoque. RoUin, dans son Traité des Études^ retrace partout des idées connues ; mais jamais il n'offense un goût sévère : fidèle aux préceptes de Cicéron et de Quintilien , il

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se contente de les exposer en rhéteur habile; et son ouvrage est resté. Voltaire est peut-être le seul qui , en fait de critique, ait su être neuf sans être faux. Toute la portée de son esprit se retrouve dans son goût; il étend un art lorsqu'il l'examine; et sa littérature est celle du génie. Si La Harpe est loin de cette hauteur, on doit au moins lui savoir gré de n'avoir corrompu par auciui alliage la pureté des saines doctrines. Il développe, ainsi que Rollin , des principes à l'épreuve et, pour ainsi dire, classiques. Il n'en forme pas un traité, mais il les distribue avec méthode. Il en fait im e^rand nombre d'applications; et, quand il ne juge pas ses contemporains, presque toutes sont judicieuses. Le talent de la composition n'est pas étranger à son Cours de Littérature . Sans y faire preuve d'une grande force de conception, il y suit un vaste plan, qu'il n'embrouille pas, et qu'il sait remplir. Pour le style , excepté dans les derniers volumes , qui, à tous égards , ont peu de valeur, il a souvent de l'élégance : non toutefois cette élégance exquise, fruit d'un talent supérieur et d'un grand travail, mais celle qui tient au naturel des tours, à la clarté des expressions, au soin constant de repousser le néologisme et toute espèce d'affectation. L'ouvrage est imposant dans son ensemble; et , s'il a beaucoup de défauts , plusieurs qualités les rachètent. Un jour on fera mieux peut-être:

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