‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 5)Chapitre 110 sur 180 · DU POUVOIR DE LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

DU POUVOIR DE LA MUSIQUE

IVLéhul, à Polymnie en naissant consacré^ Elève et successeur de ce chantre admiré ^ Qui, docte et varié, modula sur sa lyre Du fils d'Agamemnon le tragique délire, D'Alceste à son époux les funèbres adieux. Et d'Orphée aux enfers les pleurs mélodieux ! Satisfait d'embellir les deux scènes lyriques , Laisse, dans leurs accès lourdement satiriques. Des sophistes glacés et d'orgueilleux censeurs Décrier de ton art les utiles douceurs. Entends-tu Mévius, régent par habitude; Damon, sot par nature, et plus sot par étude. Ennuyer l'auditoire en parlant du plaisir? C'est un enfant ailé qu'ils ne pourront saisir. L'ami des arts jouit quand le pédant raisoinie; Par un souffle ennemi le plaisir s'empoisonne ; Et l'envie, épanchant ses venins odieux,

Gluck.

Corrompt ce pur nectar préparé pour les dieux. Les beaux-arts ont l'éclat et le parfum des roses. Vois-les dans nos jardins nouvellement écloses : De leur suc odorant l'abeille se nourrit; Le venimeux reptile en passant les flétrit.

Mais, entre ces beaux-arts, enfantés par la Grèce,

Et formant d'Apollon la cour enchanteresse,

La musique, Méliul, par des effets puissans,

Du charme le plus sûr sait enivrer nos sens.

Arion, sur les flots, va céder à l'orage:

Secouru par sa lyre, il échappe au naufrage.

Vois Amphion peupler un sol inhabité :

Il fait marcher la pierre, et fonde une cité.

Orphée, aux bords de l'Ebre allant cacher sa vie".

Pleurant son Euridice, hélas! deux fois ravie,

Le long du fleuve, en pleurs, traîne ses longs regrets

Et les monstres émus, et les tristes forêts.

Quel mystère est caché sous ces voiles aimables?

La poétique Grèce , inventrice des fables.

Voulut par ces récits nous faire concevoir

D'un art délicieux le magique pouvoir.

Dans les cieux, aux enfers, il étend ses conquêtes.

Quelquefois de la mort il embellit les fêtes :

Harmonieux Gossec, lorsque ta lyre en deud.

De l'auteur de Mérope escortait le cercueil ,

On entendait au loin, dans l'horreur des-ténèbres ,

A MEHUL. 283

Les accords prolongés des trombones funèbres , La timbale voilée aux sombres roulemens , Et du timbre chinois les tristes hurlemens.

Mais cherchons la gaîté sur ces charmantes rives

Où le front de Thétis est couronné d'olives...

Dans le calme des cieux et des vents et des flots ,

Sur les mers de Marseille on voit les matelots

Revoler en chantant des bords où fut la Grèce;

Le tambourin du port appelle l'allégresse;

Le brillant galoubet vient égayer les airs;

Et la danse folâtre est jointe aux doux concerts.

Sous les vallons ombreux quel pasteur fait entendre

Les soupirs de la flûte harmonieuse et tendre?

Il module l'espoir, la crainte, le désir;

De ses doigts amoureux découle le plaisir.

Plus loin le cerf bondit; les chasseurs applaudissent;

Du cri joyeux des chiens les échos retentissent;

Le cor, aux fiers accens, étonne les forêts;

Diane, un arc en main, déjà lance ses traits;

Endymion la suit; l'Aurore matinale

S'éveille en souriant à la voix de Céphale.

Si Pan de la Sicile instruisit les bergers

A cadencer un chant sur des pipeaux légers,

Aux monts de l'Appenzel, dans les bois helvétiques,

Il enfla le premier les musettes rustiques:

Là , quand le vent du soir agite les ormeaux ,

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