‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur ChénierChapitre 14 sur 140 · A M. LE SUEUR · texte numérisé non relu

A M. LE SUEUR

JLJ'ou naissent tes chagrins, enfant de l'hannonic? Quoi! déjà tes rivaux, armant la calomnie, Font siffler contre toi ses serpens odieux ! L'artiste sans génie est faux, insidieux; Heureux du mal d'autrui , tout succès le déchire. Il devient ennemi, du moment qu'il admire. Quel ennemi , grands dieux 1 qu'un rival offensé !

D'un immortel éclat le vulgaire hlessé Au mérite éminent paie un tribut d'envie. Juste envers les tombeaux, ingrat pendant la vie. Chantre du Portugal , 6 Chantre infortuné , De ton pavs entier tu meurs abandonné ; Tu meurs dans l'indigence; et ton ombre plaintive, Sur les rives du Tage errante et fugitive, Souvent durant la nuit pleure, et de ton trépas Accuse un roi stupide et des peuples ingrats!

ÉPITKE A LE SUEUR. 9/»

Partout de l'injustice on voit de grands exemples : Partout ces demi-dieux qui méritaient des temples N'obtenant que la haine et souvent le mépris; Voltaire à soixante ans, loin des murs de Paris, Fuyant avec la gloire, et cherchant un asile; Les cités se fermant devant l'auteur d'Emile; Le vainqueur de Térence h peine enseveli; Corneille vieillissant presque mis en oubli; Milton chez les Anglais mourant sans renommée; La muse des Toscans à Ferrare opprimée; Et les inquisiteurs , au fond d'une prison , Près du vieux Galilée enfermant la raison ; Et la faim consumant l'Apelle de la France', Quand Mignard et Covpel vivaient dans l'opulence. Ami , l'ignores-tu ? Si l'un de tes aïeux Par ses doctes travaux sut enchanter nos veux, Ce peintre, dont l'Europe admire encor les veilles, Voit un fer sacrilège insulter ses merveilles ^. Nobles enfans des arts ! accourez , vengez-vous ; Punissez im rival qui vous éclipse tous; Déchirez, mutilez ces vivantes images; N'épargnez aucun trait; vos coups sont des hommages. Mais bien plutôt brisez vos stériles pinceaux: Quand vous auriez détruit ses éloquens tableaux,

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