‹ Offenbach en AmériqueChapitre 12 sur 24 · LK DIRECTEUR MAURICE GHAN · texte numérisé non relu

LK DIRECTEUR MAURICE GHAN

Un tout jeune homme. — Vingt-huit ans à peine — mais il en paraît quarante. Le travail incessant, les soucis de toute sorte, une activité extraordinaire, des préoccupations de tous les instants l'ont vieilli avant l'âge. Il a mené la vie des affaires, plus fiévreuse, plus dévorante en Amérique que partout ailleurs. Déjà il a gagné et perdu .cinq ou six fortunes. Million-

QUELQUES PORTRAITS loo

naire un jour, il est sans argent le lendemain. Cela n'a rien d'extraordinaire. Le directeur Maurice Gran dirige souvent jusqu'à cinq théâtres à la fois : un opéra italien à New- York, un théâtre français à Chicago, une salle d'opérette à San-Francisco, un théâtre anglais de drame à la Havane, et un opéra comique espagnol au Mexique.

C'est lui qui a fait venir en Amérique Rubenstein, le fameux pianiste. Quelle campagne que celle-là ! Deux cents concerts en moins de six moisi Quelquefois deux concerts par jour.

En ce moment, Maurice Gran dirige la troupe de mademoiselle Aimée. C'est encore lui qui a traité avec Rossi. Le grand tragédien italien arrivera dans deux mois, et voyagera pendant une année avec son habile impressario.

lD(i OFFEISBACII EN AMÉRIQUE

LE CHEF d'orchestre THOMAS

Thomas, prononcez : Thomasse.

Simple violon — et, à ce qu'on dit, violon médiocre à l'orchestre de l'opéra de New-York, Thomas s'est aperçu que sa position ne lui rapportait pas assez. Il a quitté l'archet et pris le bâton de chef d'orchestre. Pour se distinguer des autres batteurs de mesure, il a eu le bon esprit de se créer une spécialité en se faisant le propagateur des œuvres de Wagner — ce qui lui a valu une réputation artistique des mieux établies.

C'est un homme jeune encore. On doit lui rendre cette justice qu'il est parvenu à former un excellent orchestre. Il a pris pour cela le bon moyen. Coûte que coûte, il s'est attaché les meilleurs musiciens de l'Amérique, et il continue à les payer fort cher. Où qu'il aille, et quoi

QUELQUES PORTRAITS ibl

qu'il veuille entreprendre, il peut toujours compter sur le concours de douze exécutants de premier ordre qui ne le quittent pas d'une semelle. Aussi son orchestre se fait-il remarquer, entre tous, par des qualités d'ensemble vraiment merveilleuses.

Comme chef d'orchestre dirigeant, Thomas ne m'a pas paru à la hauteur de la réputation qu'on lui a faite. Il conduit mollement. Je l'ai vu, à la tête de ses musiciens interpréter de la musique soi-disant légère de Rossini, d'Auber, de Verdi, d'Hérold, sans feu et sans entrain.

Lorsque par hasard il veut mettre un peu d'énergie, il conduit avec les deux bras à la fois, ce qui, par derrière, le fait ressembler a un gros oiseau qui veut prendre son vol.

Signe particulier — affectionne d'une manière toute spéciale la musique du directeur du conservatoire de Paris, notre excellent ami Ambroise Thomas. Il est rare qu'il ne mette pas

sur ses programmes un morceau de l'auteur de Mignon. Les trois quarts du temps, le public croit que c'est au chef d'orchestre Thomas que revient l'honneur de l'œuvre.

En somme, si Thomas n'est pas un chef d'orchestre de premier ordre, il n'en a pas moins un mérite très-réel. On doit lui savoir gré d'avoir si bien composé son orchestre et d'avoir beaucoup aidé à propager la musique classique en Amérique.

M \RETCEf;K

Un Hongrois de Vienne, né en Italie, et résidant depuis longtemps à New-York. Cinquante ans environ — une figure intelligente, ouverte, spirituelle. — Personnalité très-sympathique aux Américains.

Tantôt directeur, tantôt chef d'orchestre, il a formé presque toutes les troupes qui jouent

l'opéra italien aux États-Unis. Lorsque les affaires directoriales vont mal, ce qui arrive quelquefois, il redevient chef d'orchestre. Mais à peine est-il chef d'orchestre que, comme il est très-aimé, les fonds reviennent à lui et le mettent à même de former une autre troupe et de reprendre une autre direction.

Je ne saurais dire si c'est un bon directeur, ne l'ayant pas vu à l'œuvre, mais je puis alîirmer que c'est un excellent chef d'orchestre, et qu'il compose en outre de la charmante musique.

En ce moment Maretceck dirige les concerts à'Oll'enbach Garden à Philadelphie. Vous pouvez être sûr qu'avant trois mois il aura déposé son bâton pour reprendre une direction quelconque.

Weber est un Allemand naturalise Amrnrnin. fl habite le pays depuis vini^t ans.

J'ai visité les ateliers où il fabrique ses pianos. C'est une installation magnilique. Le maître de la maison m'a fait les honneurs avec une bonne grâce parfaite. C'est un homme charaiant, à la figure sympathique, à la physionomie franche et ouverte. Descend-il de son fameux homonyme Charles Marie Von Weber, je l'ignore. J'ai oublié de le lui demander. En tout cas, de même que le compositeur était maître dans son art, le Weber américain est maître dans le sien. Ses instruments sont très-recherchés dans tous les États-Unis.

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