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prend le thé. Pour prendre vos repas, vous trouvez au premier une salle commune. À peine apparaissez-vous à l'entrée de cette immense galerie où cinquante tables s'alignent méthodiquement, qu'un grand gaillard de maître d'hôtel vient à vous et vous désigne la table où vous devez vous asseoir. N'essayez pas de résister. n'ayez pas de fantaisies, de préférences pour un coin plutôt que pour un autre, il faut céder, c’est la règle. Le maître d'hôtelest le maître de l'hôtel. Il fera asseoir à côté de vous qui bon lui semblera et vous n'avez rien à dire.
Donc vous prenez place. Le garçon ne vous demande pas ce que vous voulez. 1] commence par vous apporter un grand verre d’eau glacée; car il y a une chose digne de remarque en Amérique, c'est que sur les cinquante tables qui sont dans la salle 1l n’y en a pas une où l’on boive autre chose que de l’eau glacée ; si par hasard
vous voyez du vin ou de la bière devant un con-
vive, vous pouvez être sûr que c'est un européen.
Après le verre d'eau, le garçon vous présente la liste des quatre-vingts plats du jour. — Je n’exagère pas. — Vous faites votre menu en en choisissant trois ou quatre, et — c'est ici le côté comique de la chose — tout ce que vous avez commandé vous est apporté à la fois. Si par malheur vous avez oublié de désigner le légume que vous désirez manger, on vous apportera les quinze légumes inscrits sur la carte, tout ensemble. De telle sorte que vous vous trouvez subitement flanqué de trente assiettes, potage. poisson, viande, innombrables légumes, confitures, sans compter l’arrière-garde des desserts qui se composent toujours d’une dizaine de variétés. Tout cela rangé en bataille devant vous, défiant votre estomac. La première fois, cela vous donne le vertige et vous enlève toute espèce
d'appétit.
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Je n’en sur les hôt plus loin !
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Je n’en dirai pas davantage pour le moment sur les hôtels américains, me réservant d'en faire plus loin une description détaillée. D'ailleurs,
tout frais débarqué, je n’ai pas le loisir d’ob-
server beaucoup. Je déjeune vivement, car je
n'ai qu'une idée, qu'un désir, c'est de voir le fameux jardin couvert dans lequel, commedirait Bilboquet, j'allais exercer mes talents.
Je cours donc au jardin Gilmore.
Figurez-vous un vaste jardin couvert. Encadrée dans un massif de plantes tropicales, se dresse une estrade réservée pour un orchestre de cent à cent vingt musiciens. Tout autour, des gazons, des fleurs, des plates-bandes à travers lesquels le public peut circuler librement. Juste en face de l'entrée, une grande cascade est chargée de remplir les intermèdes. Elle imite le Niagara pendant les entr'actes. Les coins du jardin sont occupés par des petits chalets qui peuvent con-
tenir chacun sept à huit personnes et qui remà.