‹ OiseauxChapitre 20 sur 31 · Chionis alba (Gm · texte numérisé non relu

Chionis alba (Gm

Vaginalis alba Gmelin, Syst. Nat., 1, p. 705 (1788).

Chionis vaginalis Temminck, PI. col. V, PI. CCCCCIX (1830).

Chionis alba Quoy et Gaimard, Voy.« Uranie», p. 131, PL. XXX V (1824); Gould in Dar vins, Voy. « Beagle », Birds, p. 118 (4841, Falkland.) ; Sclater, P. Z. S. (1893), p.178 (Ireland); Sclater, Zbis (1894), p. 497 (Antarcticice); Tristram, /bis (1895), p. 165 (Antarctic Continent); Clarke, /bis (4906), p. 182; Lônnberg (1906), p. 56.

N° 43 ©. Tués le 4 novembre 1904, à l'ile Booth-Wandel ; iris marron; tarses d’un bleuâtre sale.

N° 91 G'. Tué près du rocher aux Cormorans, 1” décembre ; iris brunmarron clair; l’estomac contenait des graviers.

N° 92, 93, 94, 95, &', ©, ©, ©. Tués près du rocher aux Cormorans le 1” décembre ; l'estomac contenait des débris de jaunes d’œufs et de coquilles d'œufs.

Deux œufs en bon état et un autre (les mesures sont données plus loin). Ile Booth-Wandel.

Les Becs-en-fourreau ou Chioniidés appartiennent uniquement aux régions antarctiques. Ce groupe comprend les deux genres Chionis et Chonarchus, intéressants par leurs caractères de structure, qui les rapprochent de divers types, en sorte que les spécificateurs se sont montrés embarrassés pour les classer. Ainsi on les a rangés soit parmi les Gallinacés, soit parmi les Échassiers et les Palmipèdes ; mais, depuis les travaux de Blainville, de Milne-Edwards et de Kidder, qui ont montré leurs affinités de structure avec les Âæmatopus (Huîtriers), il paraît certain que leur place naturelle doit être soit dans la famille des Totanidés, soit à côté dans une famille spéciale.

Forster, compagnon de Cook sur la « Resolution » pendant les années 1772-1775, est le premier qui fut frappé des singularités de cet Oiseau et les signala à l'attention des naturalistes, car il le recueillit à l’est de la Terre de Feu, sur les côtes de l'ile des États. Quoy et

Gaymard (in Voyage de l « Uramie ») montrèrent, ainsi que Gray, Sclater et Salvin, qu'il fréquente aussi toutes lesiles du détroit de Magellan ; Gould, Gray, Abbott, le signalèrent aux îles Falkland ; Lesson, à l'embouchure de la Plata, etmême Selater put, en 1893, montrer un spécimen qui avait été tué sur les côtes d'Irlande; puis, en 189%, le même auteur le signale dans les glaces antarctiques, « Antarctic ice », tandis que Tristram, in /bs, en parle comme habitant | « Antarctic Continent ».

Les Chiomis vivent aussi dans les iles Sandwich australes, comme Eights l'a montré, et dans les îles de la Géorgie du Sud, d’après Pagenstecher et Sôrling. Enfin Ross rapporte que l’un des naturalistes qui l'accompagnaient dans son voyage aux mers australes pense que ces animaux nichent sur la terre Louis-Philippe.

D'autre part, l'existence d'animaux très voisins de CA. alba a été prouvée par Hartlaub, Sharpe, Gray pour Kerguelen; par Hutton pour les iles du Prince-Édouard et l'ile Marion, où ils ont une taille et un bec plus faibles que ceux de Kerguelen. Bien que les différences avec (Ch. alba soient de peu d'importance, Hartlaub les a désignés par un nom spécial, CA. minor; Kidder et Coues sont mème allés plus loin en faisant de cette espèce letype d’un nouveau genre Chionarchus, qui comprend en outre une espèce voisine, celle qui habite les îles Crozet (Ch. crozettlensis Sharpe). Milne-Edwards admet que ces deux dernières espèces ne sont que des races locales de Ch. alba et que la colonisation de ces îles si éloignées a dû se faire à une époque où il existait des stations intermédiaires, ou bien grâce aux immenses radeaux d'algues qu'on nomme Kelp, formant des plaines flottantes qui sillonnent ces régions des mers Antarctiques el qui leur ont offert toutes les facilités pour s'irradier vers ces îles lointaines.

Les Chionis, quoique pourvus de grandes ailes, s’éloignent peu des rivages sur les bords desquels ils construisent leurs nids. Sürling, à la Géorgie du Sud, a trouvé trois nids avec chacun un jeune ; mais l'Expédition écossaise aux Orcades du Sud a trouvé trois œufs dans les nids, de mème que le naturaliste de l'Expédition Charcot à l’île Booth-Wandel. Sur la côte ouest de la baie Cumberland, Sérling a vu que les nids sont situés à » ou 6 mètres de hauteur au-dessus de la haute mer, et placés sous

de larges pierres ou des blocs, dans des éboulis de la hauteur voisine. Ces nids étaient plats, construits avec quelques chaumes de Tussok (Poa cæspilosa) entremêlés d'algues et de mousses. Dedans et autour du nid, il a trouvé de nombreux débris de Poissons, de coquilles et des algues, le tout émettant une forte odeur de putréfaction.

La présence du naturaliste près du nid n’effrayait pas les parents; ils couraient, s’approchaïient à un demi-mètre de lui pendant qu'il étudiait leur behavior, leur facon de se comporter (fig. 32).

Ils n’émettaient que des sons sourds répétés trois fois pour appeler leurs petits. Ils se laissaient même sans trop d’effroi saisir par les mains, en sorte que Sôrling put s'emparer de deux paires et les réduire en captivité en les enfermant dans une cage. La paire qui avait un jeune fut isolée de l’autre. Elle parut se trouver aussi bien qu'auparavant et nourrissait son petit avec du Poisson, de la viande et du pain. Un jour, les deux parents s’enfuirent en laissant le jeune; mais ils revinrent le mème jour pour lui donner à manger, puis le quittèrent définitivement. Seul, le jeune sut manger, sans difficulté, mais, quand on le donna à l’autre paire, celle-ci l’adopta immédiatement et se mit à lui donner à manger comme à son rejeton propre. Bientôt pourtant ceux-ci s’enfuirent aussi, et le jeune ne vécut que quelques semaines. Peut-être que la nourriture ne lui convenait pas. Ces quatre Oiseaux se promenaient autour des cages à Poulets et passaient leurs nuits tout auprès. Ils venaient prendre la nourriture aussi familièrement que les Poules. Sur le toit des cages, on avait pratiqué un réduit où ils allaient d’euxmêmes manger du Poisson. Pendant la journée, ils faisaient de longues courses dans le fjord, mais le soir ils revenaient toujours à leur abri. De temps en temps, ils faisaient une excursion au vaisseau ancré à Boiler Harbour, où on leur donnait de la nourriture. Ils disparurent vers la mi-avril.

Dans la Géorgie du Sud, d’après Sôrling, le Chionis se nourrit de Poisson, de Mollusque et d’une algue verte poussant sur les pierres laissées à découvert par la marée basse, et qui est probablement une Ulvacée. K.-A. Andersson trouve aussi que ces algues constituent une part importante de leur nourriture, mais qu’ils se repaissent en outre

des cadavres de Baleines et de Phoques, autour desquels ils se tiennent toujours très nombreux.

Pendant l'été, il n’y en eut que quelques paires qui nichèrent à Cumberland-Bay ; ils quittèrent à la fin d'avril. Après une absence de quelques semaines, ils revinrent bientôtet restèrent alors très nombreux pendant tout l'hiver.

Jamais Sôrling ne les vit voler des œufs de Manchots et d’autres Oiseaux, et ses observations concordent avec celles de Von den Steinen.

Les observations faites par l'Expédition Écossaise aux Orcades diffèrent complètement de celles-là. Là, le CAronis vit aux dépens des rookeries de Manchots, car il s'empare des Oiseaux morts et des œufs cassés. C'est un rusé voleur, et on l’a vu voler un œuf sous un Oiseau couvant, tout ahuri d’une pareille audace.

K.-A. Andersson diten propres termes : il volait de préférence les œufs, explorait les excréments des Manchots et s’emparait des restes de leur nourriture et de celle des autres Oiseaux. C’est done un omnivore.

Il est curieux de constater des mœurs si différentes dans deux habitats relativement peu éloignés, et il serait intéressant de contrôler ces assertions. Les Chionarchus, d'après Hall, ont les mêmes mœurs; ils sont très voraces et mangent volontiers les œufs de Pingouins, de Cormorans et de Goélands.

Les Becs-en-fourreau, très curieux, aiment à examiner tous les objets brillants, et on les entendait souvent tambouriner sur les parties brillantes de la machine.

Pendant les grands froids, il en resta vingt à trente autour de « Scotia Bay ». Ce furent les seules créatures vivantes observées à ces basses températures. Ils se nourrissaient des détritus rejetés du bateau, et l'un d'eux devint si familier qu'il visitait le pont.

Pendant l'hiver, les Chïonis n'abandonnèrent pas l'Expédition Charcot, etils vécurent au voisinage de Pinstallation, en vrais Oiseaux de bassecour, des restes de la boucherie du bateau; ils mangeaient même dans la main des hommes et trouvaient dans les détritus de la cuisine une abondante nourriture carnée, qui les a engagés à rester aussi longtemps

au sud.

Quand on les étudie, on les voit fréquemment sauter à cloche-pied, l'un des membres étant replié sous les plumes pour le réchauffer, tandis que l’autre sert à marcher.

Ces Becs-en-fourreau vivent en bonne intelligence avec les Pingouins et surtout avec les Cormorans, et M. Charcot les a souvent vus, au moment de la construction des nids, aller chercher dans les algues fraiches rapportées de la mer les divers animaux dont ils se montrent très friands.

Les nids observés par Turquet étaient des plus rudimentaires. Ils étaient constitués par de simples dépressions placées dans des fentes de rochers etentourées de quelques plumes. Les œufs, trouvés le 19décembre, dans les nids de Pilot du Large, étaient au nombre de deux ou trois, comme chez Chionarchus. Ws avaient une forme ovoïdo-conique, et ils étaient d'un blanc terne parsemé de taches d’un gris noirâtre où brun foncé et de forme irrégulière; quelques-unes étaient assez larges. Entre ces taches, on apercoit un piqueté ou plutôt un réseau brunâtre.

Dimensions : 57,4 X 38,7 millimètres; 54,4X 37,1 millimètres; 01 X 30,2 millimètres.

Les dimensions indiquées par Clarke sont les suivantes : de 54 à 58 millimètres pour le grand axe et de 37 à 39 millimètres pour le petit axe. Les œufs du Chionarchus minor, d'après Hall (?. Z.3., 1900, p. 6) avaient bb ><38 et 60 X 40 millimètres.

Andersson a pu constater que les nids sont difficiles à découvrir. Il en observa un placé dans une dépression, sous une grosse pierre plate. Il était fait de plumes de Manchots et renfermait un jeune Poussin liquelé de gris.

D'après Hall, le Chionarchus sait mettre ses œufs à l'abri dans Îles fissures des rochers ou les vieux nids de Pétrels. Les œufs sont toujours près de l'ouverture et, dès que le parent qui couve entend un bruit, il sort pour voir ce qui se passe au dehors; plus tard, le jeune en fait autant, mais afin de se cacher. C’est ce qui explique pourquoi on trouve tant de nids vides en février à Kerguelen.

Quand les jeunes couraient sur le sol uni, ils ressemblaient, d’après Sürling, à de jeunes Perdrix ou à dejeunes Cailles, tandis que les adultes,

Expédition Charcot. — A. MENEGAUx. — Oiseaux. 10

dans leurs mouvements, rappelaient les Gallinacés ou parfois les Pigeons ; mais, quand ils étaient tranquilles, ils se tenaient plus droits. Leur position favorite élait celle sur un pied, et ils pouvaient rester dans cette pose pendant des heures.

Le jeune, en duvet, est un joli petit Oiseau, d’une couleur bleu cendré, plus brillant et plus bleu en dessus, plus foncé et plus gris en dessous. Le dos porte de longues touffes de duvet jaune brun, tandis que, sur les côtés, les touffes sont en partie de couleur chamois et en partie brun noir. En dessous, le duvet long est plus pâle. La tète est finement mouchetée de Jjaunâtre et de brun noir. Il existe un espace nu au-dessous de l'œil, et la paupière inférieure est blanche. On voit peu à peu apparaitre la eouleur blanche sur les-scapulaires, les grandes couvertures de l'aile et la pointe des rémiges, puis sur les flanes et à la pointe des rectrices. Enfin c’est le dos qui blanchit, puis le ventre et les membres, et enfin la tête et le cou. Le jeune est figuré par Lônnberg (PI. 1) et par Clarke

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