‹ Oiseaux de l'île de la Trinidad,Chapitre 37 sur 292 · STEATORNIS CARIPENSIS— ITwmi · texte numérisé non relu

STEATORNIS CARIPENSIS— ITwmi

VULO. DIABLOTIN.

Steatomis canjp^Tww— Humb. — Gray, p. 46, n® 4. Steatomia caripenm — Humb. — Pr. Bonap., p. 56.

Longueur totale 500 mil.

— du pU de Taîle 322

— de la queue 227

— du bec 39

Parties supérieures d'un brun canelle satiné ; cette teinte est plus foncée à la pointe des plumes de manière à former ime bordmre qui lemr donne une apparence écailleuse. A la tête et aux côtés du cou sont jetées, çà et là, quelques petites taches blanches. Au dos et au manteau, le brun trace des lignes transversales fines et assez distantes l'une de l'autre ; dans leur intervalle, le même brun forme un semis peu apparent, il est vrai, mais qui, néanmoins, modifie légèrement la teinte canelle.

Parties inférieures du même brun canelle mais plus clair et non satiné ; elles sont semées de taches d'un blanc d'argent ; au cou, ces taches sont petites ; à la poitrine, à l'abdomen, aux flancs, elles sont plus grandes; elles ont, toutes, à peu près la forme de lazanges qu'encadre un filet noir.

Les rémiges ont la barbe externe du même brun canelle satiné que celui du dos, et la barbe interne d'une teinte canelle largement modifiée par un semis bnm quoique peu apparent. Quelques taches d'un blanc d'argent régnent sur la barbe externe des quatre premières primaires et des deux premières secondaires; ces mêmes taches, mais moins pures et transversales, se remarquent aussi sur la barbe interne des secondaires sans atteindre celle des plus internes. Des raies transversales noires et ajssez étroites se voient sur toutes les secondaires, d'abord sur la barbe externe exclusivement, ensuite sur les deux barbes. Couvertures supérieures colorées comme le dos ; les moyennes portent quelques taches blanches et les grandes des raies transversales noires. Couvertures infériemres d'un roux marron lavé, semé de quelques petites taches blanches.

La queue a la forme d'un toit à pentes très-inclinées.

Ses pennes qui sont étagées ont la teinte générale des parties supérieures ; toutes sont traversées par des raies noires assez étroites ; la penne extérieure porte, de plus, quelques taches blanches à sa barbe externe. Les couvertures supérieures continuent les teintes du croupion, et les inférieures celles du ventre.

Bec et pattes blanchâtres. Iris noir.

La femelle ne diffère point du mâle.

Le jeime ne peut se reconnaître qu'au peu de vivacité de ses teintes.

Le diablotin se tient dans des cavernes qui se trouvent soit au bord de mer soit dans l'intérieur des terres. Toute caverne ne lui convient pas ; le besoin de protéger ses petits contre tout danger, comme le besoin de fuir la lumière du jour le fait choisir celles dont la muraille, presque toujours. taillée à pic, présente une immense crevasse horizontale sous forme de plateau que protège de très-près là voûte. C'est là qu'il fait sa ponte et qu'il élève ses petits que l'homme seul parvient quelquefois à lui enlever. C'est là qu'il passe sa vie au milieu de la profonde obscurité qu'il recherche. Chaque caverne abrite un certain nombre de ces oiseaux. Us s'y tiennent toute la journée et n'en sortent que le soir pour aller chercher leur nourriture qui consiste en fruits de différents palmiers. Us en avalent une certaine quantité et de retour au gîte, ils attendent la digestion de la pulpe pour régurgiter les graines qui sont énormes et qui vont joncher le plancher de la cave déjà recouvert de fiente. Il en résulte un épais magma qui, sous le pied, cède et craque comme la neige et exhale, comme le guano, une forte odeur ammoniacale. La pulpe est très-riche en corps huileux. L'oiseau

adulte, travaillant chaque nuit pour son entretien, peut brûler cette masse d'hydrogène et de carbone contenus dans ces huiles ; mais le nourrisson qui ne fait aucun mouvement ne peut dépenser autant d'éléments respiratoires; l'organisme les convertit en graisse qui se dépose dans les mailles du tissu cellulaire ; les jeunes diahhtim encore dépourvus de plumes en grande partie, sont alors littéralement des boules de graisse. Cest à ce moment qu'on les prend pour être mangés. Ce met^ très-recherché par les uns est rejeté par beaucoup d'autres. H a une odeur qui rappelle celle si repoussante du ravet (blatta americana) et qui, parconséquent, est loin d'inviter à y toucher. Même bien des personnes qui voient l'oiseau vivant lui trouvent une apparence qui excite le dégoût. Du reste dans les climats chauds, une chair chargée de graisse amène bien- vite la répugnance ; l'instinct se sert de ce moyen pour éloigner l'homme d'ime source de calorique trop riche ici pour ses besoins. Cela indique assez que la nature n'a point destiné le jeime diablotin pour nos tables.

La ponte a lieu vers le mois de Mai. Je crois que comme tout caprimulffidé, le diablotin ne fait pas de nid et qu'il dépose ses œufs à nu sur le roc. H est vrai que le plus souvent les œufs reposent sur un culot de quelques centimètres de hauteur ; mais comme ces culots ne sont qu'un amas de fiente, il est probable que ce n'est qu'à la longue qu'ils se sont formés et qu'ils ont caché le roc. C'est l'oiseau, peut-être, qui les façonne ainsi pour en faire des berceaux pour ses petits.

Quand on pénètre dans la cave pour prendre les petits, les parents dépourvus de tous moyens de défense voltigent autour du ravisseur et l'assourdissent de leurs cris de rage ou de détresse, tant est général le sentiment

de l'amour maternel. Cette espèce de chasse est loin de se faire d'une manière régulière chaque année. D'abord ne la fait pas qui veut, car ces cavernes sont très-éloignées des endroits habités ; ensuite il est loin d'être facile d'y pénétrer et surtout de s'emparer des petits. Quelques caves sont inaccessibles ; dans d'autres on arrive jusqu'au plateau à l'aide d'ime échelle fabriquée ad hoc^ et si on ne peut pénétrer entre le plateau et la voûte, ce qui arrive le plus souvent, on ne parvient à prendre les petits que par un moyen qui n'est pas exempt de barbarie, ce qui ne doit pas étonner de la part de l'homme. On est muni d'une perche portant à l'extrémité un hameçon et, à une distance convenable, un morceau de chiflfon légèrement imprégné de soufre ; ce chiffon enflammé sert à éclairer le chasseur et celiiici, à l'aide de l'hameçon, attire les petits diablotins.

L'homme, il est vrai, détruit peu de ces oiseaux et la retraite qu'ils choisissent paraît mettre k l'abri, eux et leur nichée, de toute autre cause de destruction ; cependant leur nombre ne semble point augmenter ; il faut donc que leur propagation trouve quelques entraves. Car une colonie qui n'est jamais troublée ou qui ne l'est que rarement augmente nécessairement chaque année ; mais que deviennent les nouveaux diablotins que la cave ne peut loger ? Si ces sortes de retraite étaient plus multipliées on comprendrait facilement que de nouvelles colonies puissent se former; mais il y aurait toujours un terme à cette possibilité de trouver un gîte convenable. Du reste où en serait l'harmonie des lois de la nature ? Il faut donc que le diablotin ait un ennemi qui s'attaque ou à lui, ou à sa nichée. Mais quel est-il ? C'est là une lacune que présente l'histoire du diablotin.

G. NYCTIBIU&— F/^//.

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