‹ Oiseaux de passage: rimes fantastiques, rimes d'ébèneChapitre 12 sur 46 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

A mon ami Léon Sorg.

Tu t'en souviens, ami, car c'était l'autre soir.

Tu me suivis chez moi. — La Gaîté vint s'asseoir

Entre nous deux ; mais non cette Gaîté classique

Au sourire pédant, à la mine phthisique

Qui sous un flot d'ennui se noie ; une Gaîté

Amante de l'esprit convenu, frelaté ;

Ce n'était point non plus cette plate commère

Qui se tord sans savoir pourquoi ; qui, pensant plaire.

Dit des énormités dont le sens est néant, En faisant de sa bouche un vrai tonneau béant. Mais notre joie était immense et fantastique : Nous lisions Albertus, poème sans réplique.

Bijou que cisela l'impeccable Gautier, Cet artiste pur sang qui savait son métier.

Ah ! comme il faisait bon, là-haut, chez Latourette I Tu lisais ; — quant à moi, détestant la diète, Près du flacon de rhum aussitôt décoiffé, Je plaçais chaque tasse, y versais du café.

Tandis que, ballottés par une eau qui clapote, Les lares familiers chantaient dans la bouillotte.

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