‹ Oiseaux de passage: rimes fantastiques, rimes d'ébèneChapitre 24 sur 46 · FEUX FOLLETS · texte numérisé non relu

FEUX FOLLETS

(rêve d'un MYSTIQjUE DU MOYEN AGE)

A mon ami Jean Delfnas,

« — Qui donc es-tu, flamme légère, « Toi qui, voltigeant doucement, « T'ensevelis dans la fougère, « Puis remontes au firmament ?

a Tantôt, quand la brise t'agite, <c Tu fuis en tremblotant, si vite a Qu'on dirait voir un papillon ;

88 Rimes fantastiques.

« Et tantôt, flamme, tu t'arrêtes, « Et tu viens planer sur nos têtes t< Comme l'oiseau sur un sillon.

« D'où sors-tu ? Nais-tu de l'écume « De la rive où je viens m'asseoir ?

« Es-tu quelque Esprit de la brume, « Quelque fantôme, enfant du soir ? »

« — Je souffre, plaintive victime, « Et je viens expier mon crime « Au lieu même où je l'ai commis :

« Je suis l'dme du purgatoire !

« A ceux qui gardent ma mémoire « Dis de ma part : Priez, amisl

« Priez pour moi, gens de la terre !

« Pensez à moi : je souffre tant !

« Je brûle, errante et solitaire,

« D'un feu tenace et dévorant... »

Cependant, la brise s'élève.

Et, disparaissant comme un rêve,

La flamme fuit au gré du vent ;

Et le moine baise la pierre :

Il répand son âme en prière

Aux pieds du Dieu mort et vivant.

Feux follets. 89

Puis, il lève les yeux : Prodige I Il voit un ange éblouissant Qui dans Pair lumineux voltige, Et Tembrasse, reconnaissant :

« Ami ! mon âme est délivrée !

« Ami I dans la plaine azurée « Je puis m' envoler radieux ! »

Ayant prononcé ces mots, Tange, Vêtu d'une splendeur étrange, Lui sourit, et remonte aux cieux.

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