LE BASSIN DES MUSES
A mon cher Antoine Rémond,
Autour d'un grand bassin ridé par le zéphyr, Les Muses sont debout : celle de Lamartine, Voilant son front où brille une chaste églantine. Tient Turne d'où jaillit un fleuve de saphir ;
Ici Banvilia, folle et pourtant sublime, Égrène son collier de perles ; et, plus loin,
Sondant des profondeurs que l'œil ne connaît point, La Muse de Victor interroge Tabîme.
Et celle de Musset, dont un torrent de pleurs Inonde le visage et les divines boucles, Est blessée au-dessus du sein : des escarboucles En sortent sous le coup du poignard des douleurs.
Mais là- bas, tout là-bas, à Tombre d'une pierre Énorme, une beauté très-mûre vient s'asseoir, Et sous son œil fardé perle un diamant noir. . . . — Salut, Hystérica, Muse de Baudelaire !