‹ Oiseaux de passage: rimes fantastiques, rimes d'ébèneChapitre 34 sur 46 · LE POETE · texte numérisé non relu

LE POETE

Quand le ciel, s' affaissant sous le poids de Torage, Traîne au-dessus de nous ses grands lambeauii noircis ; Lorsque Téclair, serpent né du sein d'un nuage, Déroule ses replis dans les airs obscurcis :

L'homme a les reins brisés; sur son âme muette Pèse lugubrement le spectre de l'horreur, Qui semble palpiter, et, comme une chouette, Battre de l'aile avec fureur.

ii8 Ritnes d*ébène.

Courbez-vous sous le ciel qui tonne !

Prosternez- vous devant l'éclair !

Penchez votre corps qui frissonne, Comme le saule, au vent d'automne.

Incline son panache vert !

Mais le poète, lui, se plaît dans la tempête ; Il voit, sans frissonner, l'horizon se ternir, Et, plein de joie, il sent s'amasser sur sa tête Les nuages du ciel et ceux de l'avenir:

Il aime le bruit de l'orage, La lueur blanche de l'éclair, Les cris de douleur et de rage.

Les longs hurlements du carnage.

Les boulets qui sifflent dans l'air !

Il trouve à l'ouragan une morne harmonie ; La bataille est pour lui le concert délirant D'un peuple triomphant, d'un peuple à l'agonie ; Au feu des grands combats s'enflamme son génie.

La tempête et la guerre ont un bruit enivrant I

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