‹ Oiseaux de passage: rimes fantastiques, rimes d'ébèneChapitre 7 sur 46 · OIS. OB PASS · texte numérisé non relu

OIS. OB PASS

i8 Oiseaux de passage.

Un jour, — j'avais huit ans, — je suivais la tranchée

D'un bois. — C'était en mai ; la verdure penchée

Refermant sur mon front son dôme murmurant,

Modulait un concert harmonieux et grand,

Quand un chant singulier soudain me troubla l'âme :

D'horreur et de gaîté c'était un amalgame

Bizarre ; et le Printemps qui sifflait sa chanson '

Se' tut ; le rossignol trembla sur le buisson ;

Et j'eus peur ; car c'était solennel et terrible :

La Nature n'est pas, comme on croit, insensible ;

La forêt, comme nous, s'émeut et s'attendrit

A l'aspect d'un malheur.... Or, la crainte me prit.

— Qu'était-ce que ce chant? qu'avait-il donc d'atroce?

Ce n'était pourtant pas une bête féroce

Qui hurlait dans le bois ; mais un petit oiseau

Sans doute, qui jasait comme fait un roseau

Caressé par le vent. — Qu'était-ce ?

— Un jour mon Devant moi, par hasard, dévoila le mystère ; [père Car j'imitais le chant qui m'avait effrayé :

« Coucou !» — « Mon cher enfant, l'oiseau qui t'a crié « Coucou, me dit mon père, est un oiseau de proie « Sur le nid dévasté poussant son cri de joie ; « Il fracasse les œufs du merle, et s'en nourrit.

Le Coucou. 19

« Puis pourchasse lâ mère. »

Alors mon cœur comprit Pourquoi j'avais frémi jusqu'au fond de mon âme : Car j'àl toujours haï le méchant et Tinfâme.

Ce jour là, par instinct, je m'étais révolté Contre un cri d'égoïsme et de méchanceté.

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