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Ombres chinoises

Ce n*estpas dans l'Antiquité qu'il faut rechercher l'origine des Ombres Chinoises, il est probable cependant que nos aïeux, aussi ingénieux que nous, ont du se récréer avec ces jeux de l'ombre qui donnent l'illusion de la vie à des êtres sans couleur ; mais il n'en est fait mention nulle part et c'est seulement en 1770 que nous les voyons apparaître en France.

Paris n'eut pas tout d'abord l'honneur d'avoir produit cette nouveauté ; ce fut à Versailles dans le Jârdm Lannion (situé alors où Ton voit aujourd'hui le n'' 25 de la rue Satory) que François Dominique Séraphin, alors âgé de vingt-trois ans, établit son premier théâtre. Il l'avait installé au fond d'une auberge qui occupait le principal

corps de logis de l'hôtel Lannion. Le succès ne se fit pas attendre. Les seigneurs, les grandes dames s'y donnaient rendez-vous, et leurs enfants y coudoyaient les enfants du peuple. La renommée de ces Ombres à scènes changeantes — telle était leur première appellation — franchit bientôt les grilles du Palais de Versailles et Séraphin ne tarda pas à faire son apparition à la cour. Pendant le Carnaval, dit Cléry, dans ses Mémoires, il y jouait trois fois par semaine, et il fit tant de plaisir qu'il fut autorisé à prendre le titre de Spectacle des Enfants de France.

Séraphin sentit alors l'ambition se glisser dans sa tète en même temps que les écus roulaient dans sa bourse; Versailles ne lui suffit plus. A un homme si bien en cour, il fallait un théâtre plus vaste, un public plus nombreux, Paris, enfin, qui consacre toutes les renommées ; aussi en 1784, Séraphin se fixe-t-il dans les galeries du Palais Royal qui venaient d'être terminées. C'est le 8 septembre qu'eut lieu l'inauguration de ce nouveau théâtre. Les représentations avaient lieu tous les jours, à six heures du soir ; les dimanches et fêtes, il y en avait deux, l'une à cinq heures et l'autre à sept. L'entrée coûtait vingt-quatre sous. L'orchestre se com-

Notice historique

posait d'un clavecin touché par Monsieur Mozin, rainé.

Comme les Versaillais, les Parisiens firent fête à ce petit spectacle et c'est à qui viendrait applaudir : Le Pont cassé, La chasse aux canards, Le magicien Rothomago, V embarras du ménage. Arlequin corsaire, etc., etc.

Succès oblige ! Séraphin, tout en donnant la première place à ces ombres, voulut corser son spectacle. En 1797, il y ajouta Polichinelle et un jeu courant de marionnettes. Quand je dis Séraphin, je veux parler de son successeur, Moreau, ancien acteur de chez Audinot, à qui Séraphin avait cédé son théâtre en 1790.

Moreau, dans une circulaire avait averti le public de ce changement de direction : — « M. Séraphin, me cède aux conditions les plus agréables et les plus utiles pour moi, l'infiniment petit spectacle des Ombres Chinoises ; el le plus petit des acteurs est, enfin, devenu le plus petit... mais, à coup sur, le plus zélé des directeurs de Paris. »

Hélas I ce zélé directeur, avant la fin d'une année, était obligé de rendre son théâtre à Séraphin,

Ce pauvre Moreau, du reste, ne fut pas heu-

reux dans ses entreprises ; en quittant Séraphin, il s'avise de lui faire concurrence. Lorsque la Liberté des Théâtres eut été décrétée en janvier 1791, il installa dans un sous-sol, devenu depuis le Café des Aveugles, un petit spectacle qu'il intitula : Les Comédiens de bois. Son entreprise dura à peine quelques mois. Il végéta ensuite et fut réduit à se donner en spectacle sur les places publiques. Il mourut à Marseille en 1816,

Séraphin, ayant donc repris la direction de son spectacle, fit revenir la foule à son théâtre et, pour flatter son auditoire, donna des pièces patriotiques qu'il n'eut certes pas osé jouer autrefois à Versailles. Je ne crois pas qu'on lui en sut gré. Il mourut à l'âge de cinquante-trois ans le 5 septembre 1800.

Ce fut son neveu qui lui succéda et qui pendant quarante ans, dirigea avec zèle son petit théâtre. — Outre les ombres et les marionnettes, il avait ajouté des transformations mécaniques qu'il appelait : Métamorphoses, puis Points de vue mécaniques. Il avait même obligé l'artiste qui tenait le piano, Théodore Mozin, à chanter de temps en temps, en s'accompagnant, des petites romances de sa composition.

Notice historique

En 1844, le neveu de Séraphin mourut à son tour, et ce fut son gendre qui lui succéda. Très actif, très intelligent, il donna des pièces à costumes ; il ajouta des tableaux de fantasmagorie, un diaphanorama et des intermèdes de chant. Ses affaires allaient très bien jusqu'en 1848 ; il put croire que lui aussi allait faire fortune; mais les temps étaient changés; il se soutint tant bien que mal pendant dix ans, 1858, époque à laquelle il dut émigrer du Palais-Royal au Boulevard Montmartre.

Dans cette nouvelle salle, plus grande que la première, il crut d'abord avoir retrouvé sa chance , mais la mort vint le frapper.

Sa veuve, avec un associé, essaya de continuer l'entreprise, mais la vogue était passée et, le 15 août 1870, les Ombres Chinoises avaient vécu.

Il était réservé au Cabaret du Chat Noir de ressusciter ce petit spectacle et à Caran d'Ache de lui ramener sa vogue, grâce à T Epopée, cette légende napoléonienne découpée dans un soleil de gloire. Le gentilhomme cabaretier,

Rodolphe Salis, est bien aussi pour quelque chose dans cette résurrection, grâce à sa faconde et à sa pléiade de chansonniers gaillards.

Il faut dire aussi que les ombres, destinées d'abord à amuser les petits, sont devenues aujourd'hui la récréation des grands et des déhcats. Ce ne sont plus des pièces enfantines, comme Le Pont cassé, ou des féeries comme Alcofnbas, les temps sont changés.

Le recueil que nous offrons à nos lecteurs a été fait par un auteur bien connu pour savoir amuser les enfants et, en même temps, intéresser leurs parents. Les petites pièces dont il est composé sont à la hauteur de l'instruction moderne qui bannit la niaiserie, l'enfantillage et surtout le pédantisme; c'est un spectacle de famille qui plaira aux grands, aussi bien qu'aux petits.

Construction du Théâtre et des ombres

Le Théâtre

La manière la plus simple et la plus économique d'installer un théâtre d'ombres est d'établir dans la baie d'une porte un cadre de 43 c. d'ouverture sur 30 c. de hauteur. Sur le cadre à bords plats, vous fixez une toile blanche, gommée, sur laquelle devront apparaître les ombres.

Au bas du cadre vous clouez une baguette de bois de 01 c. d'épaisseur et en haut vous tendez un fil de fer; ces deux accessoires placés en dedans servent l'un, à faire glisser les ombres, et l'autre, à les soutenir.

Un piano sera placé, du côté du public, juste en face de la scène.

Les Décors

A droite et à gauche de cette toile blanche gommée dont je parle plus haut, vous placerez des coulisses découpées indiquées pour chaque pièce. Ce sont des cartonnages peints en noir.

Les Ombres

Les ombres, qui accompagnent ce volume, sont dessinées sur des feuilles spéciales. Pour s'en servir, il faut d'abord

les coller sur du carton léger — du bristol ou de la carte î ensuite peindre en noir, encre de chine ou vernis noir, le verso de l'image. Les personnages, sauf quelques-uns, étant soutenus et mus par le haut du théâtre, auront au sommet de la tête une tige en fil de laiton qui pourra s'accrocher au fil de fer tendu au haut du théâtre. A cette tige seront liés les divers fils destinés à faire mouvoir les articulations des personnages, ces fils seront minces et blancs. Quand la feuille d'ombres sera collée sur le cartonnage et que le verso sera peint en noir, il faudra procéder au découpage soit avec un canif, soit avec des petits ciseaux. Cela demande une certaine application.

Certaines ombres doivent être animées: coupez et percez avec une aiguille les deux parties qui doivent être assemblées ; passez un fil que vous arrêterez par un nœud de chaque côté du sujet, sans trop serrer, de façon de laissera la partie articulée, jambes, bras, etc. la faculté de se mouvoir.

Représentations

Il est de toute nécessité que la salle soit dans une obscurité complète. Votre lumière étant dans le théâtre permettra au spectateur de voir parfaitement les personnages.

Eclairage

La question de l'éclairage est importante. 11 faut que la clarté soit uniforme et que la flamme qui la produit ne se reflète pas sur l'écran. Une bonne lampe à pétrole avec réflecteur puissant peut faire l'affaire. On la place sur un meuble un peu élevé au fond du théâtre et on règle sa

Construction du théâtre 13

hauteur de façon à ce que l'écran reçoive toute la lumière. Il vaut mieux la placer plus haut que plus bas.

Nous conseillons plutôt la lampe à projections au gaz oxhydrique qui a l'avantage de donner plus de clarté et qui permet, si l'on a pu photographier les décors, de les représenter en projection.

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