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SCÈNE II Les Mêmes, FANCHETTE

FANCHETTE

Oh ! les jolis papillons ! Et les belles petites filles. Je voudrais bien jouer avec elles. Tiens 1 je vais me présenter moi-même. Bonjour, Mesdemoiselles, moi je m'appelle Fanchette, comment vous appelez vous ?

ROSE

Moi, je m'appelle Rose.

Et moi, Marguerite.

BLEUETTE.

Et moi, Bleuette.

COQUELIQUETTE.

Et moi, Goqueliquette.

FANCHETTE

Oh! les jolis noms! Vous n'êtes pas du village? Où demeurent vos parents ?

ROSE

Nous n'avons pas de parents.

FANCHETTE

Quoi I Jamais une mère ne vous a embrassées avant de vous endormir ?

MARGUERITE

Jamais nous n'avons reçu de baiser et jamais nous n'en avons donné.

FANCHETTE

Mais où demeurez-vous ?

BLEUETTE.

Dans les villages voisins. Moi je suis de Saint-Saturnin où l'on fait de bonnes galettes. Rose est de Saint-Jean où l'on prépare si bien la crème ; Marguerite est de Saint- Nicolas où sont les meilleurs fruits ; et Coqueliquette est de Saint-Martin où l'on recueille le bon miel. Les gens de ces villages sont bons pour nous, ils nous logent dans leurs granges le soir quand nous rentrons, et chaque malin ils nous donnent la nourriture de la journée que nous venons partager ensemble ici.

COQUELIQUETTE.

Oh I nous sommes très heureuses !

FANCHETTE

Comment pouvez-vous l'être, si vous n'avez pas de mère ?

BLEUETTE.

Une mère ? Qu'est-ce que cela ?

Air de Joseph.

FANCHETTE

Une mère, c'est la tendresse, Le baiser au déclin du jour, C'est la réchauffante caresse D'un grand cœur pénétré d'amour.

On aime cette chère idole Qui de sou côté vous chérit.

Pleurez-vous ? Elle vous console, Souffrez-vous ? Elle vous guérit !

ROSE

Personne ne nous parle ni ne nous embrasse que nos

Les papillons de Fanchette 125

amies. Mais nous nous aimons bien et cela nous suffît. Allons, venez danser avec nous ! Voici nos papillons qui nous appellent.

FANCHETTE

Comment faites-vous donc pour apprivoiser ainsi les papillons ?

ROSE

Nous ne les apprivoisons pas, ce sont nos petits compa gnons, ils nous suivent partout.

FANCHETTE

Pourquoi donc ne me suivent-ils pas, moi ! Quand je m'approche d'eux, ils se sauvent, pourtant je ne leur ferais pas de mal.

ROSE

Çà, nous ne savons pas I (On entend un appel de corne.)

FANCHETTE

Qu'est-ce que c'est que cela ?

ROSE

C'est l'appel de l'école. Tous les jours, à la même heure, cette corne nous avertit que nous devons cesser de jouer et nous rendre près de notre maîtresse qui nous donne des leçons. Reste ici, nous reviendrons bientôt. (Les quatre jeunes filles sortent au milieu d'un nuage de papillons.)

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