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SCÈNE II ' Le Gendarme, BOULENBOIS

le gendarme.

Voyons ! Voyons! Ne tirez pas sur la corde. Je vous tiens bien ; vous ne vous échapperez pas. C'est un petit naufrage. Sur mer, il faut s'attendre à tout. Mais ce n'est pas une raison pour vous sauver.

BOULENBOIS.

Oui, mais le naufrage n'était pas dans le programme.

LE GENDARME

C'est vrai ! Mais c'est un cas de force majeure.

B0ULENB0I8.

Mais si j'étais tombé à l'eau ?

LE GENDARME

Je m'y serais jeté à mon tour et je vous aurais repêché.

BOULENBOÎS.

Vous êtes féroce !

LE GENDARME

Nullement ! Je suis gendarme I

BOULENBOIS.

Alors, où me conduisez-vous ?

LE GENDARME

Je ne sais pas encore, je ne connais pas le pays. Mais nous allons en prendre connaissance. Tout d'abord, je crois que nous sommes échoués sur une île.

BOULENBOIS.

A quoi voyez-vous ça ?

LE GENDARME

A ce que cette terre est entourée d'eau.

BOULENBOIS, à part.

C'est bon à savoir.

LE GENDARME

Et je suppose aussi que cette terre n'est pas habitée, vu que je ne vois aucun habitant.

BOULENBOIS.

S'il en est ainsi, gendarme, laissez-moi vous faire un petit raisonnement.

LE GENDARME

Raisonnez ! Raisonnez tant que vous voudrez !

Uîle déserte 143

BOULENBOIS.

Est-ce que ça vous amuse de me tenir ainsi au bout d'une ficelle ?

LE GENDARME

Oh ! sapristi non ! Mais c'est ma consigne.

BOULENBOIS.

Votre consigne est de ne pas me laisser échapper.

LE GENDARME

Précisément.

BOULENBOIS.

Mais elle n'est pas de me faire du mal.

LE GENDARME

Non ! Je dois même empêcher qu'on vous en fasse.

BOULENBOIS.

Eh bien, il faut m'enlever cette corde qui me brise les poignets ?

LE GENDARME

Oh ! ça, c'est impossible ! Ce serait vous mettre en liberté et vous êtes prisonnier. Cette corde, si j'ose m'exprimer ainsi, c'est une prison extérieure.

BOULENBOIS.

Mais la prison extérieure est cette ile de laquelle, ni vous ni moi ne pouvons sortir et qui, par dessus le marché est déserte, ce qui veut dire qu'elle ne possède aucun habitant. Donc, je ne puis faire de mal à personne, puisqu'il n'y a personne ici et je ne puis pas me sauver, puisque l'île est isolée. Comme vous dites : c'est une prison extérieure.

LE GENDARME

J'ai eu tort, je le vois, de me servir de cette circonlocution, mon devoir est de vous conduire en prison.

BOULENBOIS.

Eh bien I menez-moi en prison.

LE GENDARME

Je ne pense pas qu'il en existe une ici.

BOULENBOIS.

Alors, vous ne faites pas votre devoir.

LE GENDARME

Ce n'est pas vous qui me l'apprendrez, mon devoir I Maintenant motus! Restez tranquille!

BOULENBOIS.

Si je veux f

LE GENDARME

Ah ! ah ! Vous vous rebiffez ?

BOULENBOIS.

Au bout du compte, je suis bien sot de me laisser faire. Nous voici dans un pays éloigné de toute civilisation. Il n'y a ni pouvoir, ni justice, ni armée, ni police, ni sergents de ville, ni Conseil municipal, ni députés, ni sénateurs, personne enfin de supérieur à moi, un simple effort et je suis libre. (Il se détache.) Allons-y.

LE GENDARME

Que faites-vous ?

BOULENBOIS.

Je prends ma liberté et je vous rends la vôtre.

LE GENDARME

Au secours ! Au secours ! A moi !

BOULENBOIS.

Taisez- vous ! Vous allez émeuter tout le quartier et réveiller les bêtes féroces, s'il y en a ici.

Uîle déserte 145

LE GENDARME

Les bêtes féroces ! C'est vous I Au secours !

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