ILIADE
Rhapsodie xxm.
e vainquis au pugilat Klydomèdeus, fils d'Enops: à la lutte, Agkaios le pleuronien qui se leva contre moi. Je courus plus vite que le brave Iphiklos; je triomphai, au combat de la lance, de Phyleus &. de Polydôron; mais, à la course des chars, par leur nombre, les Aktoriônes remportèrent la victoire, & ils
m'enlevèrent ainsi les plus beaux prix. Car ils étaient deux : & l'un tenait fermement les rênes, & l'autre le fouet, Tel j'étais autrefois, & maintenant de plus jeunes accomplissent ces travaux, & il me faut obéir à la triste vieillesse ; mais, alors, j'excellais parmi les héros. Va ! continue par d'autres combats les funérailles de ton compagnon
Nestor parla ainsi, & le Pèléide déposa les prix pour le rude combat des poings. Et il amena dans l'enceinte, & il lia de ses mains une mule laborieuse, de six ans, indomptée & presque indomptable ; .& il déposa une coupe ronde pour le vaincu. Et, debout, il dit au milieu des Argiens:
— Atréides, & vous Akhaiens aux belles knémides, j'appelle, pour disputer ces prix, deux hommes vigoureux à se frapper de leurs poings levés. Que tous les Akhaiens le sachent, celui à qui Apollon donnera la victoire conduira dans sa tente cette mule patiente, & le vaincu emportera cette coupe ronde.
Il parla ainsi, & aussitôt un homme vigoureux & grand se leva. Epéios, fils de Panopeus, habile au combat du poing. Il saisit la mule laborieuse & dit :
— Qu'il vienne, celui qui veut emporter cette coupe, car je ne pense pas qu'aucun des Akhaiens puisse emmener cette mule; m'ayant vaincu par le poing; car, en cela, je me glorifie de l'emporter sur tous. N'estce point assez que je sois inférieur dans le combat ? Aucun homme ne peut exceller en toutes choses. Mais, je le dis, & ma parole s'accomplira : je briserai le corps de mon adversaire & je romprai ses os. Que ses amis s'assemblent ici en grand nombre pour l'emporter, quand il sera tombé sous mes mains.
Il parla ainsi, & tous restèrent muets. Etle seulEuryalos seleva, homme illustre, fils du roi Mèkisteus Talionide, qui, autrefois, alla dans Thèbè aux funérailles dOidipous, & qui l'emporta sur tous les Kadméiones. Et l'illustre Tydéide s'empressait autour d'Euryalos, l'animant de
ses paroles, car il lui souhaitait la victoire. Et il lui mit d'abord une ceinture, & il l'arma de courroies faites du cuir d'un bœuf sauvage.
Puis les deux combattants s'avancèrent au milieu de l'enceinte. Et tous deux, levant à la fois leurs mains vigoureuses, se frappèrent à la fois, en mêlant leurs poings lourds. Et on entendait le bruit des mâchoires frappées ; & la sueur coulait chaude de tous leurs membres. Mais le divin Epéios, se ruant en avant, frappa de tous les côtés la face d'Euryalos, qui ne put résister plus longtemps & dont les membres défaillirent. De même que le poisson qui est jeté, par le souffle furieux de Boréas. dans les algues du bord, & que l'eau noire ressaisit; de même Euryalos frappé bondit. Mais le magnanime Epeios le releva lui-même, & ses chers compagnons, l'entourant, l'emmenèrent à travers l'assemblée, les pieds traînants, vomissant un sang épais, & la tête penchée. Et ils l'emmenaient ainsi, en le sou-