SCÈNE PREMIÈRE
RUPIN, puis NICOLS.
(Au lever du rideau, Rupin est assis h la table, en triyn de travailler. Il a une plume d’oie à la main.)
RüPl.\.
Deux et trois... sept! sept et quatre... douze! je pose douze, et je retiens...
NICOLE, parlant à la cantonnade.
Eh! bien, c’est bon, m’sieu... on y va! (Entrant.) EsL-il brutal, donc! (A Rupin.) Tiens! c’est toi... Rupin! ça va bien à c’matin, mon pTil Rupin !
RUPIN
Très-bien, ma p’tite Nico'e... (Reprenant son travail.) NOUS disons donc que je pose douze, et que je retiens... Dis donc.
6 ON LIT dans L’AKHBAR...
Nicole, dans douze, tu ne pourrais pas me dire un peu ce que je retiens?
■ NICOLE
Daus douze?
RUPIN
Oui... Douze. — (Épelant.) D. O. U. X. E. — DOUZe.
NICOLE
Altends-donc. .. Dans douze moi je retiendrais tout, mais j'suis pas calculateuse... Les chiffres, ça nem’dit rien...
RUPIN
Moi, j’suis t’assez fort... c’qui me gêne seulement un peu, c’est c’qu’on retient et cependant l’arichmétique c’est mon’ araignée i
Air de l’Artiste.
J’aitnc assez à m’ébattre Dans c’ lart où j’ suis peu neuf;
Je sais que sept et quatre Ça n’fail pas loin de neuf]
La soustraction m’arrange Et l’addition m’ convient.
Mais j’ peux pas c’est étrange.
Retenir ce qu’on r’iient.
Dans c’te régi’, c’est étrauge.
Je ne r’tiens pas c’ qu’on r’tient I
NICOLE
Mais quequ’tu fais donc là? '*
RUPIN
J’fais les comptes de fourrage de la ferme... c’est not’ maître qui m’a chargé de ça 1 il est si avaricieux qu’il dit que ça n’est pas possible que les bêtes mangent autant de fourrage... Et il me m’nace de m’renvoyer si le foin va aussi vite... On dirait que c’est moi qui le mange!
NICOLE
Dam... p’tet bien! T’es si gourmand!
RUPIN, riant.
Ah, ah, ah! grosse malicieuse, va! (A part.) Elle est vrai-
ment très-avenante, Nicole... ça Trait une rude femme tout d’mèrael Et étoffée... faut voir! (A Nicole.) Dis donc, ma p’tit’ Nicole.
NICOLE
Tais toi... v’ià M. Barbison qui vient par ici... (EUe fait semblant de ranger dans le bahut.)