SCÈNE X Les Mêmes, BARBISON
Oui, c’est ça!... dansez! Ah! il y a bien de quoi danser ! Oh ! ces journaux, on devrait les supprimer tous... ça leur apprendrait I En v’ià des trompeurs !...
NICOLE
Après quoi qu’ vous en avez, m’sieu Barbison?...
BARBISON
Après quoi?... mais après l’Akhbar^ donc!...
RDWN.
L’Acbardon !... Qu’est ce que-c’est que c’te bête-Ià?
BARBISON
La bète, c’est toi!... Tiens... lis plutôt... (U lui passe le journal. Â part.)A présent... on peut bien leur apprendre... C’est égal... j’ l’ai échappé belle!
RUPIN, Usant.
V. On lit dans YAkhbar : Les renseignements qui nous « étaient parvenus au sujet de l’héritage du sieur Abdalah « sont en partie erronés. Le personnage que l’on connaissait « sous le nom d’Abdalah ne se nommait pas, comme nous a le croyions, Morisseau...»
BARBISON, lui arrachant le Journal.
Tu vois 1 ...
RUPIN
Morisseau !... Il est donc mort... Et riche ?
BARBISON
Eh non!... puisque ce n’est pas lui...
DENISE et NICOLE.
Not’ oncle!...
DENISE
Not’ pauvre oncle... mort!...
BARBISON
Elles s’ désolent... elles s’ désolent... Mais vous n’avez donc pas compris... c’est pas lai qu’était riche... c’est pas vous qu’héritez...
NICOLE, pleurant.
C’est donc ça que vous étiez si gracieux c’ malin... vous croyiez que nol’ oncle...
DENISE
Je m’ disais aussi...
BARBISON
Tiens 1 parbleu I
RÜPIS.
Pauv’ petites 1 (II les embrasse toutes les deux.) C’est comme consolation...
DENISE, pleurant.
Il ne nous restait plus que ce parent-là I
RUPIN, les embrassant toutes deux.
Si ça peut vous calmer, appelez-moi nol’ oncle I (ii reprend le journal des mains de Barbison, pousse un cri et s’évanouit dans les bras de Nicole.)
BARBISON
Eh bienl... qu’est-ce qui lui prend? (Les deux femmes entourent Rupin.)
RUPIX, évanoui.
Jetez-moi du vinaigre, de l’huile, du sel et du poivre, ça me fera revenir... y en a sur la planche...
DENISE
Voilà toujours le moutardier.
ILVRBISON.
Qu’est-ce qui l’a, donc émotionné comme ça ? (il reprend le journal.) « Le Véritable nom du défunt était Lastrouillard... »
RUPIN, revenant tt lui et reprenant le journal des mains do Barbison.
Il embrasse le journal.
Lastrouillard!... Je suis un Lastrouillard ! Celui qui est mort, c’est le Lastrouillard qu’était parti avec l’oncle Morisscau... c’estlui quia fait fortunel... Ab! pauv’ cher homme!...
En Toilà un que je pleurerai demain malin... parce qu’aujourd’hui, vraiment, j' n'en ai pas la force... Cent mille francs I...
BARBISON
Commenll... c'est toi?...
RUPIN
Parbleu ! vous n'avez pas tout lu... (Continuant sa lecture.) a Et celui qui hérite est un cousin nommé Babylas Rupin. » (Se tapant sur l’estomac.) MoiBabylas, moiRupin, moi Lastrouillard par les femmes 1 Croyez-vous qu'il m'aimait, ce brave cousin !
DENISE
Ah ! ben, ça m' console un peu, monsieur Rupin, parce que vous avez un bon cœur, vous!
RUPIN
Un bon cœur... mais j'en ai deux, de bons cœurs, puisque je vous aime, vous et Nicole...
BARBISON, à part.
Quand j' disais qir c’était quelque mauvais sujet... (Haut, à Rupin.) Ce bon petit Rupin... Ah ! ça fait plaisir de voir la fortune arriver à de braves garçons comme loi t
RUPIN
Merci... not’ mattrel Tiens... j' suis bêle... mais à présent j’ n'ai plus de maître!
BARBISON
Non... plus rien qu’un ami ! (ii lui tend lam^.)
RUPIN
Ah! permettez... permettez... Les maîtres on les prend comme ça s' trouve, mais les amis, on les choisit!... j'ai mieux qu' vous!...
c'est bien ça... déjà ingrat! (Pendant la conversation des doux hommes, Nicole et Denise sont restées assises à gauche du théâtre et causent à voix basse. — Rupin s’avance vers Nicole.)
Air de L’dtne en peine,
ROPIN.
Mam'zelle Nicole... je tous ai dit ; P vous aime,
Et vous m’avez répondu : Topez là 1
J’ sms rich’ maint’nant, voulez-vous d’ moi tout d’ même T
Ah ! n allez pas me refuser... oui-dal
Cert s I ma fortune est des plus conséquentes.
Mais qu’est-ce donc auprès de vos attraits I (ôû) r pourrais encor hériter de quinze tantes...
^ tout ça n’ f’rait pas, Nicole, que j’ vous vaudrais !
Oui, la fortune de cinquante oncl’ ou tantes Ne vaudrait pas un seul de vos attraits !
BARBISOIf.
NICOLE, pleurant.
P»»' -oi-
RDPIN.
Parbleu!... je m’ charge de sa dot, allez!
DENISE
Bien vrai.. Rupin? (pieuranu) Ah! c’est gentil à vous, ça. RUPIN, pleurant.
Voulez-vous bien ne pas pleurer !... v’ià qu’ ça m’ gaane.
(n pousse des hurlements.)
BARBISON
Eh bien, dites donc, quand vous aurezQni de brailler comme ça... vous allez abîmer les meubles !
Rüpm.
Brailler ! voilà comment il appelle les larmes qu’on accorde à un oncle justement regretté... et d’ailleurs, vos meubles, on vous les remplacera si on vous les abtme, vos meubles... on vous les payera, vos meubles, (il bou.scuie tout.) Tiens, pendant qu J y suis... (n ouvre le bahut et prend les assiettes qu’il jette par
la fenêtre.) En v’Ià des assieltes qui m'ont embêté à laver d’puis trois ans, j’ leur y donne la liberté...
BARBISON
Rupin I... sapristi... Rupin!
ROPIN.
Eh bien, quoi ?... On te les payera, tes assieltes... et ton mobilier, et ta ferme. Tiens, au faiti veux-tu me la vendre, ta terme?...
BARBISON
Mais certainement, mon p'lit Rupin...
ROPIN.
Eh bien... c’est dit! je ne l’achète pas, la ferme !... Elle est trop vieille et trop mal bâtie, ta terme.
BARBISON
Mais vous êtes donc une girouette?
ROPIN.
Je suis ce que je suis, j’ai de la fortune, et si demain je voulais être conducteur d'omnibus je le serais. Allons, Denise, allons, Nicole, en route pour chex m’sieu l’ notaire... et dépêchons-nous de taire nos adieux à not' ez-maltre...
BARBISON
Je vous en dispense, tas de feignants /...
ROPIN.
Feignants I... nous! Nous allons nous éreinter à dire du mal de vous.
Air : Allez-vous-en, gens de la'^oce.
NICOLE
Et maintenant, vite en voyage,
Mes bons amis, mettons-nous tous.
NICOLE^ à Barbison.
Allons, apaisez votre'rage.
Filez vite chacun chez vous I
DENISE, au public*
De notre hymen un peu précoce, Messieurs, faites-vous les échos.
Et, prodiges vraiment nouveaux,
Vous nous verrez tous à la noce.
Si vous nous donnez des bravos 1