‹ Onze jours de siègeChapitre 8 sur 74 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ROQUEFEUILLE.

Oh ! oh! comme vous dites cela!

LAURENCE

Àh ! mon cher Roquefeuille, tâchez de me distraire, et soyez gai pour nous deux, car je suiàbien triste.

ROQUEFEUILLE.

Ksl-ce possible? Contez-moi cela bien vile!... Qu'avcz-

LAURENCE

Je n'ai rien... pas même... mon mari!

ROQUEFEUILLE.

Rohert le diable ?

LAURENCE

Voilà que vous plaisantez 1

ROQUEFEUILLE.

Ah! ah! le cas est grave. Vous me dites: Soyez gai, sans vous informer si c'est mon heure! Je fais tous mes efforts, et vous n'êtes pas contente. Il y a donc quelque chose?

LAURENCE

Oui.

Eh bien , confessez-vous ! Je sais plus d'une oreille qui serait friande -d'entendre ces jolis péchés de femme! Je vous prête la mienne. Avouez que votre mari est sorti à la suite d'une petite discussion.

LAURENCE

Oui.

ROQUEFEUILLE.

Je m'en doutais. Et cette discussion est venue de ce que vous n'avez jamais bien compris le rôle respectif des époux. Tenez, regardez la première voiture qui passe. 11 y a un homme sur le siège et un cheval dans les brancards.

LAURENCE

C'est leur place !

ROQUEFEUILLE.

D'accord ! Mais pourquoi ? Le cheval est le pins fort, et, sM le voulait , il emporterait la voiture et l'homme, et c'est lui qui conduirait. Or l'homme, qui le sait, se garde bien d'irriter le cheval ; il le flatte, il le caresse de la voix, de la main, et , grâce à cet accord mutuel, la voiture marche sans accident. Eh bien 1 chère dame, vous avez trop appuyé sur la bride, el votre mari se sera cabré.

LAURENCE

Je le crains !

ROQUEFEUILLE.

J'en étais sûr! Robert n'est pas parti .... Il s'est évadé... il a le mors aux dents !

LAURENCE

Le croyez-vous?

ROQCEFEmLLK.

C'est évident! Ah! qu'un grand moraliste a donc eu raison de dire : « Le mariage est un combat à outrance, avant lequel les époux demandent au ciel sa bénédiction ! »

LAURENCE

Merci, mon cber notaire !

ROQUEFEUILLE.

Encore ! Pas de notaire, ou je ne ris plus ! Et ne me rappelez pas une profession que j ai en horreur!

LAURESGE.

En horreur!

ROQUEFEUILLE.

En horreur ! Le notaire sérieux, officiel, convaincu, zélé, celui qui rédige, qui fait des actes et qui entasse d'affreux dossiers dans les cartons de son affreuse étude , celui-là est une calamité publique! Je le dénonce à la haine de ses concitoyens, auxquels U prête son ministère pour tous les désas» 1res de la vie : les hypothèques, les testaments et les mariages !... Le bon, le vrai, le parfait notaire, c'est moi ! Je ne me prends pas au sérieux, moi!... Jamais!... Qu'un client me consulte pour l'acquisition d'un immeuble, je lui prouve par A plus B que la terre est un médiocre placement, où il ré* collera moins de blé que de procès, et le client remporte son argent... Qu'un autre m'appelle pour recevoir son testament,

J le lui démontre qu'il s'apprête k faire des ingrats, et il prend e parti de guérir.,. Tout profit I Enfin, qu'un troisième nie demande de dresser un contrat de mariage, je la conduis chez l'avoué, mou voisin, qui a la spécialité des séparations, et de là au café Anglais, où je lui montre les joies du célibat à travers les fumées du Champagne! Et il se marie tout de même... Mais enfin, il se marie f...

Vous devez avoir une jolie clientèle ?

BOtKJEFBUlLUS.

La plus belle clientèle de Paris. L'honnête homme fait toujours son chemin.

LAURENCE

Vous finiriez par me convertir... et si mon contrat était à refaire...

ROQUEFEUILLE,

Vous jetteriez la plume au feu?

LAURENCE

Je le signerais des deux mains ! J'aime tant mon pauvre Robert!

ROQUEFEUILLE.

U vous aime aussi, parbleu !

LAURENCE

Sans doute, mais pas comme autrefois.

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