ACTE U, SCÈNE IV
ADRIEMNE.
Comment VOUS le cacher, à vous^. mon meilleur ami?
MICHONNET, cherchant à se remettre.
Mais... comment cela est-il arrivé?
ADRIE>NE.
C'était à la sortie du bal de TOpéra! de jeunes officiers, dont un joyeux souper égarait sans doute la raison (lequel d'entre eux, sans cela, eût osé insulter une femme?) voulaient m'cmpêcher de regagner ma voiture, lorsqu'un jeune homme que je ne connaissais pas, s'écria : Messieurs, c'est mademoiselle Lecouvreur.,. vous la laisserez passer; et comme mes quatre adversaires... (ils étaient quatre) se mirent à rire do cet ordre, par un mouvement plus prompt que la parole et avec une force surnaturelle, mon étrange protecteur renverse de chaqjie côté et d'un seul coup, deux de ses ennemis, puis m'enlevant dans ses bras et me portant jusqu'à ma voiture, il me dépose sur les coussins, au moment où nos jeunes officiers, qui s'étaient relevés, accouraient l'épée à la main : Monsieur, vous me rendrez raison! — Très-volontiers! — Vous commencerez par moi — par moi — par moi. — Lequel choisissez-vous? — Tous, répondit-il, en les chargeant à la fois... et, au cri que je poussai : Ne craignez rien, restez. Mademoiselle, me dit-il, vous serez aux premières loges ; et nous. Messieurs, allons en scène ! — Que vousdirai-je? quoique saisie de frayeur, je ne pouvais détacher mes yeux de ce spectacle... et si vous l'aviez vu braver, en se jouant, la pointe de ces quatre épées dirigées contre sa poitrine, c'était le bras et le regard d'un héros. Loin de reculer, il les défiait! il les appelait! Il me semblait entendre .
Paraissez, Navarrois, Maures et Castillans,
Et tout ce que l'Espagne a produit de vaillants!
Mais, aux cris de la foule, le guet arrivait de tous côtés... Nos adversaires, honteux de leur nombre et redoutant les tlanibeaux^ disparaissaient l'un après l'autre du champ de bataille...
Et le combat finit faute de combattants !
MlCflONNET, vivement.
Et tu ras revu?
ADRIENNE
Dès le lendemain!... pouvais-je l'empêcher de se présenter chez moi, de venir s'informer de mes nouvelles, surluui quand T. m. 9
il m'eut avoué que lui, étranger, simple officier, n'avait de fortune, de titres, de nom même à attendre que de son courage... Voilà ce qui le rendait si redoutable pour moi! Riche et puissant, peu m'importait; mais pauvre, mais malheureux, mais ne rêvant, comme moi, que Tamour et la gloire, comment lui résister?
MICHONNET,
0 ciell
ÀDRIENNE.
Parti, depuis trois mois, pour chercher fortune avec le jeune comte de Saxe, fils du roi de Pologne, son compatriote, il est revenu ce matin, et sa première visite a été pour moi; mais son général, mais le ministre, qui l'attendaient à Versailles, ont abrège encore le peu d" instants qu'il me donnait; aussi, ce soir, il me l'a promis, il Tiendra ici au théâtre !...
MICHONNET.
Il viendra !
ADRIENNE
Me voir jouer Roxane !
MICHONNET, vivement.
Ah! mon Dieu ! et dans quel état te voilà ! Ce trouble... cette émotion... tu ne pourras rien détailler... rien calculer!
ADRIENNE
Qu'importe !
MICHONNET.
Ce qu'il importe!... c'est qu'aujourd'hui, pour la première fois, tu joues ce rôle avec la Duclos !
ADRIENNE sans l'écouler.
Soyez tranquille!
Je ne le suis pas! Jl faut du calme et du sang-froid, même dans l'inspiration. La Duclos se possédera... elle profilera de des avantages... tandis que toi... tu ne verras que lui...
ADRIENNE, avec passion.
C'est vrai !... Et si, dans la salle, mon œil le découvre...
MICHONNET, avec dése.^poi'-.
Tu es perdue !... Ne t'occupe que de ton rôle... L'amour passe, mais un beau rôle^ une belle création, un triomphe éclatant, cela reste toujours! (ivun air suppliant.. Voyons! est-ce qp'il ne test pas possible de ne pas penser à Igi?