SCÈNE IX
MAURICE, entrant par la porte de droite et se dirigeant vers la gauche» MICHONNET, à la table, à droite.
MAURICE, au fond.
Par saint Arminius, mon patron, maudit soit le duché de Courlande!
MICHONNET, cherchant toujours.
Ah! dans ce tiroir.
MAURICE, toujours au fond. *
Manquer à mon rendez-vous avec Adrienne... jamais!... et d'un autre côté, ce billet que la Duclos vient de m'envoyer au nom de la princesse... comment m'a-t-elle découvert au fond de cette loge?... et comment la faire attendre toute la nuit hors de son hôtel, dans cette petite maison où elle ne vient que pour moi, pour mes intérêts, pour cette réponse du cardinal de Fleury? et puis, impossible de prévenir madame de Bouillon, tandis qu'Adrienne, cette pauvre Adrienne, si je pouvais lui parler et lui dire... non pas tout... mais Tessentiel. (ii dnige ses pas
vers la gauche.)
MICHOKNET, toujours à la table, à droite.
OÙ allez-vous. Monsieur ?
MAURICE
Je voudrais parler à mademoiselle Lecouvreur.
MICHONNET, à part.
Encore un ! et quel air agité ! (Haut.) Impossible, Monsieur, elle est en scène...
MAURICE
Quand elle en sortira...
MICHONNET.
Elle n'en sortira plus...
MAURICE, à part.
Nouveau contre-temps!... (a Michonnet.) Et veuillez me dire. Monsieur?...
MICHONNET.
Pardon, Monsieur, d'autres devoirs... (Apercevant Ouinauit, qui vient
de la droite et traverse le théâtre.) ACOniat, mon bon^ jC VCUX dire moU-
io8 ADRIENNE LECOUVREUR.
sieur Qiiinaiilt, voulez-vous remettre à Zatime sa lettre pour Roxane^ sa lettre du quatrième acte?
QUINAULT, avec fierté.
Moi !... Je vous trouve plaisatit !... Pour qui me prenez-vous ?
MICHONNET.
Pardon!... Veuillez dire seulement à mademoiselle Jouvenot de ne pas entrer en scène sans prendre sa lettre, qui est là sur cette table....
QUINAULT
C'est bon!... c'est bon!... on le lui dira, (ii entre sur le théâtre, à
gauche, pendant que Maurice redescend vers la droite.)
RIICHONNET, se levant de la table, en riant.
Il n'est pas de bonne humeur^ je comprends... loxane va trop bien ! ah ! Duclos, qui etitre en ce monient... (s'approchant de la gauche.) Oui, évertue-toi, pauvre fille... pleure... cfie !... tu aiities mieux chanter?... chante!... Tu as beau faire, tu es vaincue!..*
MAURICE, qui s'est assis à droite, près de la tatle, prend le parchemin que Michonnét Tient d'y placer et le déroule avec curiosité.
Rien d'écrit! Ah! palsambleu! à mon secours les ruses de
guerre ! (Il écrit quelques mots au crayon et roule le parchemin, qu'il remet sur la table,) ÎVllCHONNET, regardant toujours du côté du théâtre, à gaurhe.
Adrienne reprend... elle parle à Bajazet, et sa voix est d'une douceur... Ah! si j'étais sociétaire, je jouerais peut-être les amoureux... On est toujours jeune quand on est sociétaire... Je l'entendrais me dire :
Ecoutez, Bajazet, je sens que je vous aime !
MADEMOISELLE JOUVENOT, sortant vivement de la coulisse, à gauche.
Eh bien ! Michonnét, ma lettre ?... ma lettre pour Roxane, où donc est-elle ?
MICHONNET.
Là... sur cette table... Est-ce que Quinault ne vous l'a pas dit?
MADEMOISELLE JOUVENOT.
Eh ! non, vraiment!... 11 est si bon camarade !
MAURICE, présentant à mademoiselle Jouvenot le parchemin roulé.
Voici, Mademoiselle.
MADEMOISELLE JOUVENOT, lui faisant la révérence '
Merci, Monsieur. (Le regardant en sortant.) Voilà un officier qui est fort bien, mais très-bien !