SCÈNE VI
LA PRINCESSE, seule et rêvant, puis L'ABBE, sortant de la porte à gauche. LA PRINCESSE, à part et rêvant.
Que Maurice coure la rejoindre, je l'en défie, et quant à briser mes chaînes, il doit voir à présent que cela n'est pas si facile... La seule chose qui m'inquiète, c'est ce bracelet, donné hier par mon mari et perdu dans ma fuite... à quel moment?,., sans doute en montant dans ce carrosse de louage qu'il m'a fallu prendre ! Après tout, personne ne sait que ce bracelet m'appartient... quelques diamants de moins, cela regarde M. de Bouillon. L'essentiel, l'important pour moi, c'est de connaître cette femme qui exerce sur lui un tel empire. Celle à qui il confie tout. Et quand je pense que j'ai tenu ce secret, mieux encore, cette rivale entre mes mains... et que tout m'est échappé, grâce à mon mari, dont le flambeau est venu tout embrouiller... La science n'en fait jamais d'autres... avec ses lumières... Aussi je lui en
veux, et vienne l'occasion !... (Apercevant l-abbé et d'un air gracieux.) Eh !
c'est vous, l'abbé.
L ABBE, sortant de la porte à gauche.
Vous, Madame! déjà superbe, éblouissante...
LA PRINCESSE
Tai voulu de bonne heure me tenir prête à recevoir tout mon monde... et en attendant, je rêvais.
l'abbé.
Non pas à moi... j''en suis sûr.
LA PRINCESSE
Peut-être!... à des projets de vengeance... projets dans lesquels je ne vous ai pas défendu de m'aider... au contraire.
L ABBE, vivement.
Eh bien! Madame!... vous me voyez furieux, je ne sais rien encore!
LA PRINCESSE, souriant.
En vérité!... vous me rassurez!... je comptais si bien sur Vos talents et votre habileté... que je commençais à m'effrayer de la récompense promise... mais, grâce au ciel!... et à vous...
l'abbé, vivement.
Ah! ne me parlez pas ainsi... car vous me désespérez! un instant j'ai cru connaître la personne, tout me prouvait que c'était laDi|clûS...
La Duclos !
l'abbé.
Votre mari lui-même paraissait convaincu... il me l'avait dit et démontré...
la PRWCESSP.
Raison de plus pour ne pas le croire!... Eh bien! moi, je suis plus heureuse ou plus habile que vous, j'ai vu cette beauté mystérieuse!... par un hasard singulier, je me suis trouvée, il y a quelques jours... la semaine dernière, avec elle... à la cam^ pagne... dans une allée sombre... très-sombre... l'abbé.
En vérité
la PRINCESSE.
Et sans pouvoir distinguer ses traits... je lui ai entendu pro» noncer quelques mots... une phrase que j'ai retenue... celle-ci ! u Ne craignez rien. Votre secret m'a été co7ifié par quelqu'un qui « me dit tout. » C'est à coup sûr fort insignifiant; mais le singulier, le voici : c'est que l'accent, le son de la voix, me sont parfaitement connus! plus je mêla rappelle et plus il me semble que maintes fois je l'ai entendue retentir à mon oreiliel l'abbé.
Vous croyez?
LA PRINCESSE
A n'en pouvoir douter!... En quels lieux?... c'est ce que je ne puis dire! J'avais d'abord pensé à la duchesse de Mirepoix, j'ai couru ce matin lui faire une visite d'amitié! Une voix aigre et pointue qui fait mal aux nerfs ! Je suis passée chez madame de Sancerre, madame de Beauveau, madame de Vaudemont, pour m'informer de leurs nouvelles, empressement dont elles ont été vivement touchées, sans compter que jamais je ne les avais écoutées avec autant d'attention! Quelles futilités! quel bavardage! quel ennui!... j'ai tout subi! courage héroïque dépensé en pure