ACTE V, SCÈNE IV
voulait pas remonter rouvrage... C'est trop vieux^ disait-on... mais, moi, j'y tenais... j'avais une idée... Maurice ne ma pas encore dit : Je vous aime ! ni moi non plus... je n'ose pas... et il y a là certains vers que je serais si heureuse de lui adresser, à lui, devant tout le monde, sans que personne s'en doute...
Mon amie, ma bien-aimée, reviens à toi.
ADRIENNE
Tais-toi donc... il faut que j'entre en scène. Oh! quelle nombreuse, quelle brillante assemblée! Comme tous ces regards tournés vers moi suivent chacun de mes mouvements!... Us sont bons de m'aimer ainsi... Ah! il est dans sa loge... c'est lui... il me sourit... (iiumurant entre ses lèvres.) Bonjour, Mauricc... A toi. Psyché, voici ta réplique.
Ne les détournez pas, ces yeux qui me déctiirent. Ces yeux teudres, ces yeux perçants^ mais amoureux. Qui semblent partager le trouble qu'ils m'inspirent.
Hélas! plus ils sont dangereux.
Plus je me plais à m'attacher sur eux! Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre.
Vous dis-je plus que je ne dois' Moi^ de qui la pudeur devrait du moins attendre Que l'amour m'expliquât le trouble où je vous vois. Vous soupirez, seigneur, ainsi que je soupire; Vos sons, comme les miens, paraissent interdits. C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire- Et cependant c'est moi qui vous le disi
MAURICE, lui prenant la main.
Adrienne! Âdriennel... elle ne me voit plus... ne m'entend plus... Mon Dieu, l'effroi me glace... que faire?... [u ag.t^ la sonnette qui est sur h table ; paraît la femme de chau.bre.) VotrC maîtreSSC CSt eU
danger... courez!... des secours!... Moi, je ne la quitte plus... (La femme de chambre sort.) Ma préseuce ct mes soins lui rcudront
peut-être le calme... (Prenant la main d' Adrienne.) ÉcOUte-niOÏ; de
grâce!...
ADRIEKKE, avec égarement.
Regarde... regarde donc!... Qui entre dans sa loge? qui s'assied près de lui ?... Je la reconnais, quoiqu'elle cache son visage!,., c'est elle!... il lui parle!... (Avec désespoir.) Maurice!... il ne me regarde plus!... Maurice!.».
MAURICE
Il est près de toi...
ADRIENNE, sans l'écouter.
Ah ! voilà leurs yeux qui se rencontrent, leurs mains qui se pressent!... voilà qu'elle lui dit: Restez!... Et moi, il m'oublie!... ii me repousse... il ne voit pas que je me meursl
MAURICE
Adrienne!... par pitié!
ADRIENNE, avec fureur.
De la pitié!
MAURICE
Ma voix n'a-t-elle donc plus de pouvoir sur ton. coeur?
ADRIENNE
Que me voulez-vous?
MAURICE
Que tu m'écoutes un seul instant ! que tu me regardes, moi... Maurice!
ADRIENNE, le regardant avec égarement,
Maurice!... non... il est près d'elle... il m'oublie!... Va-t'en.
Va-t en ! (Poursuivant Maurice, qui recule d'effroi.)
Va lui jurer la foi que tu m'avais jurée.
Les dieux, les justes dieux... n'aurout pas oublié
Que les mêmes serments avec moi t'ont lié...
Porte... porte aux autels... un cœur qui m'abandonne..»
Va, cours, mais crains encor...
(Poussant uu cri et reconnaissant Maurice.) Ail !' Maurice!... (Elle se jette doos «es bras.)